http://www.unifaf.fr/attached_file/componentId/kmelia24/attachmentId/32454/lang/fr/name/visuel_web.jpgParution de Formation Santé Social n°26. Thème du Dossier: la VAE, 10 ans d'expériences à partager.
Jurys VAE: L’art et la manière
Être membre d’un jury de VAE ne s’improvise pas! Pour préparer les futurs jurés à cette tâche, la DRJSCS1 de Poitou-Charentes, en partenariat avec la délégation régionale d’Unifaf, leur propose régulièrement des formations. Gros plan sur l’une d’entre elles, assurée par l’IRTS de Poitiers.
Poitiers, jeudi 7 décembre. Un rayon de soleil timide éclaire le parc et la façade historique de l’Institut régional du travail social (IRTS ) de Poitou-Charentes. L’établissement assure une mission de service public en matière de formation initiale, continue et d’accompagnement VAE. Sur le perron, les stagiaires de la formation “jury VAE” échangent autour d’un café avant de regagner la salle de cours pour un dernier après-midi de formation. Sophie, Céline, Florette, Martine, Marion et Pierre sont aides médicopsychologiques (AMP), Séverine dirige un EHPAD, Didier est assistant social en milieu scolaire et Sylvie, chargée de mission VAE. Ils ont entre 24 et 58 ans. Tous ont un point commun: ils ont accepté de participer à un jury de VAE pour le diplôme d’aide médicopsychologique (AMP).
Alex Lainé et Corinne Curien, qui animent ce module d’une durée de 14 heures sont, eux, des formateurs chevronnés. Depuis dix ans, ils accompagnent régulièrement des candidats dans leur démarche de VAE et c’est vers eux que la DRJSCS et Unifaf se sont tournés, en 2010, pour assurer les premières formations de jurys. « Les membres d’un jury doivent se sentir légitimes, souligne Alex Lainé. L’entretien de VAE n’a rien à voir avec un oral d’examen. Les jurés ont besoin de trouver la bonne posture et d’avoir des repères. Nous les aidons à construire des indicateurs… » Autre clé de la méthode: la mise en situation. « Nous faisons travailler les stagiaires sur un vrai dossier de VAE déposé par un candidat dans une autre région, souligne Corinne Curien. Nous leur demandons ensuite de travailler en commissions, comme cela se fait dans un vrai jury. »
Mise en situation

Lorsque la session reprend à 13h30, les stagiaires doivent justement se réunir en commissions. Objectif? Définir la manière dont ils accueilleront le candidat le jour J et élaborer les premières questions qu’ils lui poseront. « Nous avons travaillé hier sur le référentiel métier, explique Alex Lainé. Les stagiaires ont identifié huit compétences clés indispensables pour exercer le métier d’AMP. Ils doivent maintenant élaborer des questions pour vérifier – à travers les pratiques décrites par le candidat – s’il maîtrise ou non ces compétences. » L’ambiance est studieuse! Ici, Sophie, Céline et Séverine planchent sur la procédure d’accueil. « Lorsque j’ai passé ma VAE, le jury ne s’est pas présenté », regrette Sophie. Martine, qui a déjà participé à un jury, décrit l’accueil idéal: « On va chercher le candidat, on lui avance une chaise et tous les membres du jury se présentent… » Corinne Curien circule de groupe en groupe. Elle aide Florette, Sylvie et Marion à reformuler l’une de leurs questions: « Si la question est trop vague, le candidat essaiera de deviner ce qu’on attend de lui plutôt que de parler de sa pratique. » Autre écueil à éviter, les questions trop orientées dans lesquelles on souffle la réponse au candidat…
Verdict

Une demi-heure plus tard, le groupe complet se reforme et les commissions confrontent les questions qu’elles ont préparées. Certaines, jugées trop abstraites, font débat…
Puis, vient la question cruciale: le dossier examiné mérite-t-il une validation totale? Non, pour la plupart des stagiaires, car il reste trop théorique et manque d’expérience vécue. Alex Lainé relativise: « Il y a deux manières de lire un dossier de VAE: l’une, “en creux” consiste à noter toutes les compétences qui manquent au candidat, l’autre “en bosse”, à pointer les compétences qu’il a effectivement acquises. »
L’essentiel? Faire preuve de déontologie: accueillir le candidat avec bienveillance, le traiter avec respect et ne jamais manquer aux exigences de confidentialité.
Céline Feron, Aide médico-psychologique.
« Je n’aurais jamais pu être juré avant d’avoir suivi cette formation! J’ai compris l’importance des mots… Chaque question doit être pesée pour ne pas mettre le candidat en difficulté, ni induire la réponse. »
Sophie Gandouin, Aide médico-psychologique.
« Lors de ma première expérience de juré, j’ai eu l’impression que l’évaluation était subjective. Le travail de groupe que l’on a fait ici m’a montré qu’en fait on pensait pareil, on était dans les mêmes attentes… »
Séverine Gaury, Directrice d’EHPAD.
« J’ai beaucoup apprécié de pouvoir travailler avec des AMP en dehors de tout lien hiérarchique! Cette formation m’a rappelé une règle essentielle: ne jamais poser de questions sans rapport direct avec le dossier. »
Gilles Rocher, secrétaire général d’Unifaf Poitou-Charentes.
« La formation des jurys VAE est une des priorités politiques de la délégation. C’est en 2010, à l’occasion d’une rencontre avec la DRJSCS, que l’idée de ce partenariat a pris forme.
Nous avons réfléchi ensemble aux modalités: quels diplômes privilégier? Quels contenus? Quels prestataires?
Nous avons ainsi collectivement construit le cahier des charges. Au-delà de l’ingénierie, Unifaf participe financièrement en prenant en charge le salaire des stagiaires et les frais annexes.
Les premières formations ont eu lieu en 2010 et le partenariat a ensuite été reconduit en 2011 et 2012. Au total, 40 salariés relevant d’Unifaf ont été formés sur les deux premières années pour les jurys VAE d’éducateur spécialisé, d’AMP et de Caferuis. En 2012, quatre sessions ont été organisées, portant sur la préparation des jurys AVS, TISF, EJE et AMP. »
Jérôme Cerisier, conseiller technique en travail social à la DRJSCS de Poitou-Charentes.
« Il existe des disparités importantes entre les jurys de VAE, ce qui pose un problème d’équité de traitement. Or, les candidats doivent pouvoir bénéficier d’une évaluation cohérente, quels que soient leur diplôme et la région dans laquelle ils effectuent leur VAE. On est plus intelligents quand on est à plusieurs! C’est pourquoi nous avons souhaité travailler sur ce projet en partenariat avec des OPCA , qui sont proches de leurs adhérents et connaissent bien les besoins de qualification du secteur. En fonction du nombre de candidats engagés dans une démarche de VAE, la DRJSCS décide des diplômes sur lesquels des jurys doivent être formés. Les stagiaires qui ont bénéficié d’une telle formation prennent alors l’engagement moral de participer à un jury dès qu’ils seront sollicités. »
Ce qu’on retiendra - L’accompagnement, clé du succès

La VAE est une démarche exigeante. De la validation du dossier de candidature au passage devant le jury, il s’écoule souvent plus de six mois, pendant lesquels le candidat est confronté à une tâche complexe: la rédaction du livret 2, dans lequel il doit décrire le plus précisément possible l’exercice de son travail au quotidien. Le congé VAE de 24 heures apporte certes un soutien. Mais il se concentre sur quelques moments clés! Or, l’étude réalisée par Unifaf en Lorraine et PACAC montre qu’un accompagnement des salariés avant, pendant et après la démarche de VAE, est essentiel à leur succès.
Plusieurs recommandations découlent de ce constat, dont certaines ont d’ores et déjà été mises en pratique dans le réseau Unifaf.
Mieux informer les salariés en amont

Avant de s’engager dans la VAE, les salariés doivent prendre conscience de l’investissement que représente la démarche et être en mesure d’évaluer leurs chances de succès. En raison de la multiplicité des acteurs, il est parfois difficile d’obtenir une information complète et exhaustive sur le sujet… Plusieurs délégations régionales Unifaf ont ainsi mis en place des ateliers VAE (cf. p. 14) pour les salariés.
Améliorer le suivi des candidats pendant la démarche

La rédaction du livret 2 est un exercice complexe et de longue haleine. Pour “tenir”, le candidat a besoin d’être reconnu, entouré et soutenu. Pour cela, il est souhaitable que son employeur s’investisse dans la démarche en désignant, par exemple, un référent avec lequel le salarié pourra échanger. Le dispositif de soutien de branche (DSB) favorise cette approche (cf. p. 16).
Former les jurys

La validation des acquis de l’expérience est très différente du contrôle de compétences. Pour familiariser les jurés à cette approche et garantir une meilleur équité de traitement aux candidats, plusieurs régions Unifaf ont mis en place des sessions de formation à destination des jurés (cf. p. 18).
Offrir un suivi post-VAE

La VAE n’est qu’un début! Qu’ils aient validé tout ou partie de leur diplôme, qu’ils aient échoué ou abandonné en cours de route, tous les bénéficiaires du CVAE ont besoin de prendre du recul par rapport à leur démarche pour saisir les causes éventuelles d’échec et être conseillés dans les étapes suivantes. En Lorraine, par exemple, la délégation envisage de reprendre contact avec les candidats pour un bilan et un entretien de suivi (cf. p. 13). Télécharger Formation Santé Social n°26.
Publication of Social Health Education No. 26. Theme Feature: VAE, 10 years of experience to share.
VAE juries: The Art and Practice
Being a member of a jury of VAE not improvise! To prepare for potential jurors in this task, the DRJSCS1 Poitou-Charentes, in partnership with the regional delegation Unifaf their offers regular training. Focus on one of them, provided by the IRTS de Poitiers.
Poitiers, Thursday, December 7. A sunbeam illuminates the shy park and the historic facade of the Regional Institute of Social Work (IRTS) of Poitou-Charentes. The property offers a mission of public service initial training, ongoing support and VAE. On the porch, trainees training "VAE jury" exchange over coffee before returning to the classroom for a final afternoon training. Sophie, Céline, Florette, Martine and Pierre Marion aid medicopsychological (AMP), Séverine runs a nursing home, Didier school social worker and Sylvie, Task VAE. More...