L’OVE Infos n°30, consacré à l’activité rémunérée des étudiants, vient de paraitre.
A partir des données de l’enquête Conditions de vie des étudiants 2013, cet OVE Infos propose une analyse des différentes formes de l’activité rémunérée et de la place qu’elles occupent dans le financement des étudiants. Parallèlement, il interroge les effets différenciés des types d’activités rémunérées sur les conditions d’études, de travail et de réussite des étudiants.
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Par Feres BELGHITH, chargé d’études à l’OVE. Parce qu’elle est au croisement des problématiques de la réussite étudiante, de l’insertion professionnelle des diplômés et du financement des études, la question de l’activité rémunérée constitue un thème central dans l’analyse des parcours des étudiants, d’autant plus qu’elle concerne près de la moitié des étudiants. Dans un temps théoriquement consacré aux études, quelle place occupe l’activité rémunérée ? Le travail rémunéré au cours des études est-il une nécessité financière indispensable au maintien des conditions de vie et à la poursuite des études ou permet-il un revenu d’appoint dans un processus de transition vers l’autonomie ? Travailler lorsqu’on étudie risque-t-il de détourner le temps consacré aux études et, in fine, d’augmenter le risque d’échec dans les études, ou au contraire, permet-il d’acquérir une première expérience professionnelle dont on connaît le poids lors de l’arrivée sur le marché de l’emploi ? Tenter de répondre à ces questions nécessite tout d’abord de rendre compte des diverses formes de l’activité rémunérée, de leurs logiques et des motivations sous-jacentes, pour analyser ensuite les manières dont elles influent sur les conditions d’études et le parcours des étudiants, et par conséquent sur la réussite des études.
Les stages et activités intégrés aux études : des effets de filière et un objectif de professionnalisation
Les activités rémunérées liées aux études, ainsi que les stages et alternances sont, plus que les autres types d’activités rémunérées, liés au type d’études suivies et au niveau de formation. Dans ce cas, un élément essentiel est le degré de professionnalisation de la formation, c’est-à-dire « le degré d’engagement des milieux professionnels dans la formation, le positionnement terminal de la professionnalisation dans l’ensemble du cursus et les modes d’entrée sur le marché du travail ». Un des objectifs de ces formations à visée professionnalisante est de répondre à des besoins sur le marché du travail, en formant des personnes rapidement opérationnelles. Cela nécessite donc une formation spécifique, qui sera notamment acquise au contact de professionnels. Ainsi, les formations à visée explicitement professionnalisante intègrent plus traditionnellement la réalisation d’un stage (qu’il soit rémunéré ou non) dans le cursus.
La réalisation d’un stage rémunéré ou d’une alternance est donc plus fréquente dans ces filières : c’est notamment le cas des étudiants en école d’ingénieurs, en école de commerce et en IUT. À l’opposé, dans les filières généralistes de l’université, comme les lettres et sciences humaines et sociales, la réalisation d’un stage rémunéré reste relativement faible (figure 5). La proportion d’étudiants ayant effectué un stage rémunéré augmente également avec le niveau d’études, et ce sont les étudiants inscrits en master qui ont le plus souvent réalisé un stage rémunéré (26 % des étudiants).
L’activité intégrée aux études est également très nettement liée aux caractéristiques de la formation suivie. C’est dans les filières de santé, formation professionnalisante par excellence, que l’activité rémunérée intégrée aux études est sur-représentée (25 % contre 8 % de l’ensemble des étudiants). Dans ce cas, l’activité rémunérée est obligatoire et son lieu d’exercice et ses contours assez strictement délimités par la formation suivie.
L’élévation du niveau d’études augmente également la proportion d’étudiants exerçant une activité rémunérée liée aux études : 54 % des étudiants de 3e cycle exercent une activité rémunérée intégrée aux études (par exemple vacataire d’enseignement ou attaché temporaire d’enseignement et de recherche), alors que ce n’est le cas que de 10 % des étudiants de niveau master et 4 % des étudiants de niveau licence.
Notons enfin que les activités rémunérées liées aux études varient légèrement selon l’origine sociale des étudiants : parmi les étudiants d’origine sociale « populaire », 7 % exercent une activité liée aux études et 12 % sont en stage ou en alternance contre 9 % et 14 % des étudiants d’origine sociale « supérieure ».
Que ce soit la réalisation d’un stage ou l’exercice d’une activité rémunérée intégrée aux études, ces types d’activité apparaissent assez fortement liés aux dynamiques et aux enjeux des formations dans lesquels ils sont développés. Le lien de l’activité rémunérée avec la formation suivie a pour effet de rendre l’activité rémunérée plus compatible avec les études. Ainsi, les étudiants exerçant une activité intégrée aux études ou un stage indiquent plus que les autres que ces activités sont en lien étroit avec le contenu de leurs études (figure 6). Dans ce cas, la valeur pédagogique de l’activité rémunérée est primordiale, une partie de l’acquisition du savoir scolaire passant par cette activité.
De même, le lieu où s’exerce l’activité rémunérée est un indicateur pertinent de sa plus ou moins grande adéquation avec la réalisation des études. De ce point de vue, l’exercice d’une activité sur le lieu des études apparaît également comme facilitateur de la réalisation des études. En 2007, dans un rapport sur le travail des étudiants, le Conseil Économique et Social, préconisait déjà le développement des emplois étudiants au sein des établissements, permettant une « réduction des temps et des coûts de transport », et assurant « une présence plus continue et plus longue des étudiants au sein de l’établissement ». Plus récemment, un rapport de l’Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche (IGAENR), datée de mai 2011, tirait un premier bilan de la mise en oeuvre du décret du 26 décembre 2007 et soulignait l’importance de ces emplois, qui « participe d’une démarche qualitative pour concilier études et emploi ». Ces emplois sont ainsi plus généralement organisés de manière à tenir compte des exigences spécifiques de la formation suivie. Aussi, c’est en toute logique que parmi les emplois exercés au sein de l’établissement, 93 % sont des activités en lien avec les études (activités intégrées aux études et stage ou alternance).
La valeur professionnalisante et la plus-value des activités rémunérées se retrouvent dans la manière dont les étudiants expliquent les raisons du recours à l’activité rémunérée et la place qu’ils accordent à la valorisation de l’expérience. Les étudiants exerçant une activité rémunérée intégrée aux études ou un stage déclarent très majoritairement (au moins les trois quarts d’entre eux) que ces activités leur permettront d’acquérir une expérience professionnelle. À l’opposé, ils sont aussi les moins nombreux à penser que celle-ci a un impact négatif sur leurs résultats d’études. Ainsi, pour ces étudiants, les activités rémunérées liées aux études sont moins perçues comme venant entraver les études, mais au contraire comme une valeur ajoutée qui permet d’améliorer les chances d’insertion professionnelle par l’acquisition de compétences. Télécharger l’OVE Infos n°30.