Basé sur l’alternance entre cours théoriques et activité professionnelle, l’apprentissage est un dispositif de formation aux nombreux avantages. L’ANFH mène une expérimentation et accompagne les établissements prêts à franchir le pas.
D'après les études de la DGOS, 50 % des effectifs de la fonction publique hospitalière partiront à la retraite d’ici 2015. Les taux sont encore plus élevés pour certains métiers, en particulier chez les infirmiers et les aides-soignants. Il y a donc un besoin urgent de recruter des jeunes qui ne choisissent pas cette voie spontanément » rappelle Martine Mandopoulos-Clémente, chef du groupe projet Apprentissage de l’ANFH et déléguée régionale Ile-de-France. Mais comment attirer et fidéliser les salariés de demain? Afin d’apporter une nouvelle réponse à cette problématique, l’ANFH s’est engagée dans l’apprentissage. Car son projet stratégique 2008-2011 prévoit de développer les partenariats avec les conseils régionaux, et l’apprentissage « ouvre une porte vers ces acteurs historiques du dispositif. »
C’est à ce titre que le groupe projet Apprentissage composé de huit régions constitué en 2009 a fait des propositions sur la promotion de l’apprentissage dans la fonction publique hospitalière afin de proposer aux établissements adhérents un nouveau service.
Financer l’embauche d’un apprenti avec l’ANFH
Cette année, l’ANFH a dégagé une nouvelle enveloppe expérimentale en faveur de l’apprentissage au sein de la fonction publique hospitalière: étendue au niveau national, elle s’élève à 1900000 € pour 2011 et 2012. Les établissements adhérents peuvent en bénéficier - dans la limite des fonds disponibles - pour tout contrat d’apprentissage conclu entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2012. Ce contrat doit bénéficier du soutien financier du conseil régional. Consacrée aux coûts pédagogiques, l’aide de l’ANFH est de 5 000 € par apprenti et par année de formation; le solde éventuel reste à la charge de l’établissement. En cas de formation pluriannuelle, elle est versée jusqu’au terme du contrat.
Amorcer le mouvement par un soutien financier

L’apprentissage existe dans le secteur public depuis 1992. Il reste toutefois inexploré et encore méconnu, tant en matière de réglementation que des modalités d’application. « Le dispositif est réputé complexe et les difficultés de financement constituent un frein, selon les enquêtes réalisées dans les huit délégations pilotes. En effet, dans le public, il n’y a pas de taxe d’apprentissage donc pas de ressources spécifiques à l’instar du privé. Par ailleurs, le contrat d’apprentissage relève de la formation initiale et ne peut être imputé au titre de la formation continue. » En conclusion, les établissements qui souhaitent embaucher des apprentis n’ont d’autre solution à l’heure actuelle que de prendre les budgets sur leurs fonds propres: une situation qui a conduit l’ANFH à dégager un soutien financier « pour amorcer le mouvement. » L’aide attribuée par l’OPCA consiste à prendre pédagogique des formations, le principe étant d’intervenir en co-financement avec les conseils régionaux.
Une nouvelle enveloppe expérimentale de l’ANFH

Une première enveloppe a été dégagée en 2010: d’un montant de 500000 €, elle a permis 82 recrutements par apprentissage dans huit régions. « Les métiers d’infirmiers sont les plus nombreux, mais aussi d’autres diplômes tels que : informatique, CAP cuisine, licence RH... » Cette « enveloppe apprentissage » de l’ANFH a également servi à financer des formations longues telles que, DE kinésithérapeutes et de manipulateurs radio. « Il s’agit là de métiers en tension. Quand les familles n’ont pas la possibilité de payer les études, tout le monde s’y retrouve. On fait du gagnant-gagnant. » Les futurs diplômés souscrivent un engagement à servir: un an en établissement public de santé par année de formation financée. Le groupe projet ajoute à ce bilan que « des établissement de toutes tailles ont bénéficié de cette enveloppe, du CH à l’EHPAD. » Les instances nationales de l’ANFH ont renouvelé l’opération, toujours à caractère expérimental, en l’étendant à l’ensemble du territoire. L’enveloppe financière consacrée à l’apprentissage est de 1,9 million d’euros pour la période 2011-2012.
Une demande d’accompagnement

Faire connaître l’apprentissage, faciliter sa mise en oeuvre: c’est aujourd’hui l’une des priorités de l’ANFH. Pour cela, le groupe projet a commencé par effectuer une enquête visant à mesurer les attentes des établissements. Les résultats ont mis en évidence une forte demande d’accompagnement. Les travaux de l’équipe se sont traduits par différentes actions de communication et la publication en mai dernier du « Guide pratique de l’apprentissage dans la fonction publique hospitalière. » Ce document a l’ambition de devenir une référence pour les établissements, mais aussi pour les conseils régionaux et les ARS.
Les grandes lignes du dispositif

L’apprentissage s’adresse principalement aux jeunes de 16 à 25 ans. Ce dispositif de formation repose sur l’alternance: tout au long de son parcours, l’apprenti enchaîne les périodes « à l’école » et les périodes « en établissement d’accueil », les cours théoriques et l’activité professionnelle. Cette activité s’inscrit dans le cadre du « contrat d’apprentissage »: un vrai contrat de travail, soumis au droit privé même s’il s’exerce ici dans la fonction publique. Il est conclu entre l’apprenti et son établissement d’accueil pour la durée de la formation; l’apprenti a le statut de salarié. Ce CDD particulier inclut un tutorat. L’apprenti-salarié bénéficie d’un accompagnement assuré par un maître d’apprentissage. Pour obtenir les détails sur chacun de ces points, reportez-vous désormais au guide pratique ANFH de l’apprentissage.
Comment initier la démarche

Filières de soins, administrative ou technique... l’apprentissage concerne presque tous les métiers des établissements de santé, et pas seulement les métiers « traditionnels » de l’hôpital. Il couvre également tous les niveaux du CAP au Master. D’où parfois la difficulté de se lancer dans le recrutement d’apprentis: quelles formations privilégier? sur quels critères? Développeur de l’apprentissage au sein de l’ANFH Ile-de-France, Juliette Olive guide les établissements et propose un appui technique pour initier et simplifier les diverses démarches. Elle en résume les quatre grandes étapes: « Identifier un besoin sur un métier; puis le CFA, l’école ou l’université qui pourra répondre; puis des candidats potentiels; et enfin, un maître d’apprentissage qui a une réelle envie d’assurer cette mission. » Contrairement aux idées reçues, la mise en place du dispositif exige peu de formalités: CERFA pour l’organisme de formation, déclaration préalable à l’embauche (DPAE) et visite médicale.
Un projet institutionnel présenté aux instances
Le groupe projet précise que « dès le départ, lorsqu’un établissement recrute un apprenti, il faut que ce soit un projet institutionnel, soutenu par la direction et porté par la DRH. Il faut aussi que ce projet soit présenté aux instances représentatives et fasse l’objet d’un suivi du début à la fin. On va demander un investissement fort au maître d’apprentissage et au cadre. Cela implique de leur accorder de la reconnaissance et de valoriser leur rôle, en leur donnant du temps pour encadrer le jeune. »
De multiples raisons de s’engager

Atout majeur de l’apprentissage : un accès facilité à l’emploi. Le dispositif permet au jeune de découvrir un métier, d’acquérir une expérience professionnelle avec un salaire tous les mois, et la possibilité de devenir autonome. Il offre une insertion plus rapide et plus solide dans la vie active. Les établissements y trouvent aussi des avantages et de multiples raisons de s’engager : « C’est d’une part, un moyen d’attirer de nouveaux agents, de les professionnaliser et de les intégrer, d’autre part de transmettre des savoir-faire ou de révéler des aptitudes pédagogiques. » En comparaison avec les personnes recrutées en externe, les professionnels issus de cette voie sont rapidement opérationnels et s’adaptent mieux dans les collectifs de travail. L’apprentissage s’envisage en outre comme « un outil de GPMC pour anticiper et former aux compétences de demain » souligne Juliette Olive. Il complète les dispositifs existants: le contrat d’allocation d’études et surtout les études promotionnelles. Créant une opportunité nouvelle, l’expérimentation de l’ANFH en faveur de l’apprentissage encourage les initiatives: projets de recrutement côté établissements, rapprochements avec les Régions et actions d’accompagnement côté délégations.
« L’apprentissage est un tremplin au recrutement »
Questions à Agnès Lyda-Truffier DRH du centre hospitalier de Valenciennes

Lettre de l’ANFH : Dans quel contexte avez-vous développé l’apprentissage ?
Agnés Lyda-Truffier :
Face au problème de l’emploi en Nord - Pas-de-Calais, le conseil régional a mis en place des partenariats avec des structures publiques et privées. Des aides ont été créées pour inciter les établissements à recruter des apprentis. Il y a encore trois ou quatre ans, nous prenions très peu de jeunes en apprentissage à cause du coût. En 2010, nous avons bénéficié d’un soutien financier supplémentaire grâce à l’expérimentation menée par l’ANFH. Cette année, nous accueillons onze apprentis.
LDA : Sur quels métiers recrutez-vous des apprentis ?
ALT :
Nous avons choisi d’axer sur les métiers spécifiques (préparateurs en pharmacie, kinésithérapeutes) et les métiers rares (affaires juridiques, qualité, informatique). Le choix des préparateurs est motivé par deux raisons principales: les centres de formation en ce domaine sont peu nombreux or il y en a un à Lille. D’autre part, les titulaires du brevet professionnel ne peuvent exercer à l’hôpital qu’après avoir suivi une formation complémentaire d’un an en alternance. Afin de pallier les difficultés de recrutement en kinésithérapeutes, nous faisions autrefois des contrats d’allocation d’études. Désormais, nous nous orientons sur l’apprentissage qui devient plus intéressant avec les financements ANFH, et nous demandons le même engagement à servir de trois ans pour un an de formation payé. Concernant les métiers rares, nous prenions des étudiants en stage mais les stages sont souvent trop courts. Alors quand l’université a développé l’apprentissage, nous avons suivi.
LDA : Quels sont pour vous les grands avantages de ce dispositif ?
ALT :
En participant à la formation initiale, nous nous assurons que ces jeunes seront opérationnels dès le recrutement. Nous y gagnons de manière indirecte, notamment pour les métiers rares. Si un informaticien ne connaît pas nos réseaux, il lui faudra deux ou trois mois pour s’adapter au poste. Ainsi, l’apprentissage est un tremplin au recrutement. Pour les préparateurs et les kinésithérapeutes, c’est un investissement: l’apprentissage permet de recruter par anticipation. D’autre part, le rapport coût - bénéfice équivaut à celui des autres dispositifs, compte-tenu des différentes aides (Pôle emploi, Région, ANFH et Etat).
LDA : Quelle est la place de l’apprentissage dans votre politique RH ?
ALT :
Outil de GPMC, l’apprentissage fait partie d’un ensemble d’actions portant sur les métiers en tension et les métiers sensibles. Comme employeur, nous avons aussi intérêt à maintenir le lien avec l’univers de la formation initiale. De nombreux professionnels de l’hôpital y donnent des cours et nous souhaitons que cet enseignement soit réinvesti. Ce lien est essentiel : il permet de délivrer les savoirs dont nous avons besoin, un message sur les connaissances et les compétences attendues. En ce sens, l’apprentissage est un pari sur l’avenir.
Un guide pratique ANFH pour passer à l’action
Publié par L’ANFH, le « Guide pratique de l’apprentissage dans la fonction publique hospitalière » vise à accompagner les établissements dans la mise en place du dispositif. Cet outil s’adresse aux décideurs ressources humaines mais aussi à tous les acteurs concernés, dont les cadres et les représentants syndicaux.
Il rassemble les informations nécessaires pour préparer et gérer un contrat d’apprentissage (procédure, métiers, aides...) ainsi que des conseils méthodologiques (recruter un apprenti, organiser son suivi, choisir un maître d’apprentissage...).
Télécharger La lettre de l'ANFH n°40.

Based on the alternation between theory and professional activity, learning is a training system with many advantages. The ANFH experimentation leads and supports schools ready to take the plunge.
According to studies of DGOS, 50% of the workforce in the public hospital will retire by 2015. The rates are even higher for certain occupations, especially among nurses and caregivers. There is an urgent need to recruit young people who do not choose this path spontaneously "says Martine Mandopoulos-Clemente, head of Project Learning ANFH the regional delegate and Ile-de-France. But how to attract and retain employees of tomorrow? In order to provide a new answer to this problem, the ANFH engaged in learning. For its 2008-2011 strategic project plans to develop partnerships with regional councils, and learning "opens a door to the historical actors of the device."
It is for this reason that the project group consists of eight learning areas set up in 2009 has made proposals on the promotion of learning in the public hospital facilities in order to offer members a new service. More...