Par Clarisse Jay. Les cent premiers laboratoires d'excellence lauréats du grand emprunt ainsi que les sept projets d'initiative d'excellence pré-sélectionnés ont été dévoilés vendredi. Ces derniers sont Bordeaux, Grenoble, Lyon, Paris Sciences et Lettres, Sorbonne Université, Strasbourg et Toulouse.
Le gouvernement a voulu aller vite. Le Premier ministre a annoncé vendredi les 100 premiers laboratoires d'excellence lauréats du grand emprunt sans s'être donné le temps de finaliser les dotations de cette première vague (au total 1 milliard d'euros doit être consacré aux "Labex"). Et dès le soir même, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche et le Commissariat général à l'investissement publiaient la liste des sept dossiers de candidature pré-sélectionnés pour l'appel à projets "initiative d'excellence" ("Idex"), le plus gros du grand emprunt avec 7,7 milliards d'euros à la clef. Liste qui ne devait être rendue publique que ce mardi. Alors que les premiers résultats ont été publiés ces dernières semaines sans trop de heurts (Equipements d'excellence, cohortes...), cette précipitation est due aux nombreuses rumeurs et fuites qui se sont multipliées ces derniers jours. A tel point que beaucoup ironisaient sur les "fuitex".
"Résultats aberrants"

Il faut dire que l'imminence des résultats ont échauffé les esprits et attisé les rivalités. Pour preuve, l'enquête de l'Igas pour infection nosocomiale dont vient de faire l'objet, selon plusieurs sources, l'université de la Méditerranée (Aix-Marseille), l'une des candidates favorites aux futurs instituts hospitalo-universitaires (IHU), grands CHU d'excellence. Enquête qui a retardé la publication des résultats des IHU mais n'a finalement débouché sur rien. Six lauréats sur dix-neuf dossiers déposés devraient être annoncés ce mercredi.
Pour les Labex, les rumeurs sont allées bon train sur les procédures de sélection, certains dossiers réputés, comme celui de la Toulouse School of economics (TSE, rattachée à l'université de Toulouse 1) ne figurant pas parmi les élus, ce qui a provoqué l'ire du président de Toulouse 1, Bruno Sire : "ces résultats sont aberrants. Nous faisons partie des meilleures équipes. Le problème est que les jury ont eu pour consigne de privilégier les projets innovants aux dépens des structures déjà installées", a-t-il réagi. Trop installées ? Au sein du gouvernement, on reconnaît que certains candidats ont pêché par excès d'assurance. "L'excellence ne suffit pas, reconnaît une source proche du dossier. Il faut aussi une gouvernance crédible." Pour évacuer tout malentendu, Valérie Pécresse a annoncé vendredi que les jurys seraient renouvelés pour les prochaines vagues de sélection. Lot de consolation, Toulouse, fait partie des pré-sélectionnés pour les Idex.
Les grandes villes sortent du lot

Avec les Equipex dévoilés en janvier et maintenant les Labex et les Idex, la carte de l'excellence scientifique, déjà esquissée par l'Agence de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES) en janvier (La Tribune du 12 janvier 2011), commence à se dessiner. Côté Labex, l'Ile-de-France emporte encore une fois le gros du morceau avec 55 Labex. Viennent ensuite Montpellier, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Strasbourg, Aix-Marseille et Toulouse. François Fillon a d'ailleurs soufflé à Valérie Pécresse que "l'Ouest a encore besoin d'être renforcé"... La seconde vague, dont le calendrier n'a pas encore été fixé, lui fera-t-elle peut-être plus de place... Côté Idex, sur les dix-sept dossiers déposés, ce sont Bordeaux, Grenoble, Lyon, Paris Sciences et Lettres (Normale Sup, Dauphine....), Sorbonne Universités (Paris 2, 4 et 6) , Strasbourg et Toulouse qui ont passé les épreuves d'admissibilité. Pour l'économiste Philippe Aghion, membre du jury qui enseigne à Harvard, ces regroupements d'établissements concentrent les équipes qui ont particulièrement travaillé, notamment sur les coopérations internes (diplômes communs...) : "C'est une belle liste et tous voient leurs efforts reconnus." Sorbonne Universités aurait particulièrement impressionné le jury, et le chemin parcouru par PSL, constitué sur le tard, salué. "La synergie entre l'Ecole Normale Supérieure d'Ulm et Dauphine est bonne", constate Philippe Aghion. D'aucuns au sein du gouvernement auraient même souhaité les fusioner... Strasbourg, très avancé en matière de gouvernance, a manifestement tiré profit du travail effectué lors de la fusion de ses trois universités en 2009.
Saclay au second tour ?

Quoiqu'il en soit, cette pré-sélection n'est pas un passeport pour la première sélection de juin, d'autant que d'aucuns seraient passés de justesse. Tous ces "admissibles" doivent encore approfondir certains points de leur dossier : la gouvernance pour les uns, les mobilités inter-établissements pour les autres, ou encore la stratégie financière. Les recalés pourront espérer être repêchés lors du second tour, en septembre. Cette seconde pré-sélection devrait logiquement voir passer les grands absents de vendredi : le projet phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy, Saclay, dont les forces et la gouvernance seraient encore trop diluées, les deux autres candidats parisiens (Sorbonne Paris Cité et Hésam) ou encore Aix-Marseille. Au final cinq à dix pôles "de rang mondial, capables de rivaliser avec les plus grandes universités du monde" se répartiront près de 8 milliards d'euros de dotation en capital, non consommable. Mais là encore, rien ne sera acquis puisque la dotation ne sera définitivement versée aux Idex qu'à l'issue d'une période probatoire de quatre ans, si les conditions définies au moment de la sélection du projet sont remplies.
Permezz Jay Clarisse. L-ewwel mitt laboratorji ta 'rebbieħa Eċċellenza tas-self u l-seba' proġetti ta 'inizjattiva eċċellenza magħżula kienu mħabbra Ġimgħa. Dawn huma Grenoble Bordeaux, Lyon, Xjenzi Pariġi u l-Ittri, l-Università Sorbonne, Strasburgu u Toulouse. More...