
Comme le note la juriste Ségolène Barbou des Places, "l’observation des catégories d’étrangers […] révèle que le droit […] permet à l’autorité publique de se saisir d’une réalité migratoire qu’elle remodèle, qu’elle (re)constitue, permettant ainsi le contrôle des flux migratoires et la fixation des migrants".
Mais cette observation révèle également l’écart grandissant entre le droit et la réalité. D’une part, parce que de nouvelles causes de migrations apparaissent, qui sont encore assez largement ignorées par le droit. L’exemple des migrations dites environnementales est souvent cité à ce titre. Alors que ces migrations concernaient, pour la seule année 2017, près de 20 millions de personnes, aucune catégorie juridique de "migrants environnementaux" ou de "réfugié climatique" n’a été créée. Le récent Pacte mondial sur les réfugiés n’y fait quant à lui que deux très brèves allusions.
D’autre part, parce que les catégories existantes se distinguent in fine les unes des autres par un seul critère, qui tient à la cause de la migration. Pour espérer entrer dans une catégorie et obtenir un titre de séjour, un migrant doit être un travailleur, ou un étudiant, ou un chercheur, ou un réfugié, etc.
En cela, la catégorisation actuelle des migrants tend à oublier que les "Hommes de pays loin", pour reprendre un terme de Jacques Prévert, ont souvent été poussés sur les chemins de l’exil par des vents contraires.
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