La montée en puissance des villes et des agglomérations sur les questions d’Enseignement Supérieur, de recherche et de vie étudiante, exposé de Bernard Pouyet, Président honoraire de l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble, publié dans Universités & Territoires n°90. Télécharger la version légère ou la version normale.
Pour introduire les travaux du colloque, Bernard Pouyet a présenté un exposé sur « la montée en puissance des villes et des agglomérations sur les questions d’Enseignement Supérieur, de recherche et de vie étudiante ». D’emblée, l’ancien Président de l’Université de Grenoble et fin observateur de la vie politique de notre pays a souligné que « la synthèse des assises orchestrées par le ministère marquera le rôle majeur des collectivités dans l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ».
Bernard Pouyet remonte aux origines des universités en France et constate que « du Moyen-âge à la Révolution Française, les 22 Universités implantées sur le territoire national vont bénéficier du soutien des villes qui les accueillent et qui ont la charge du traitement des maîtres ». Dès l’Ancien Régime, les villes se disputent les universités entre elles. À l’aube de la troisième république, les villes sont mises à contribution pour construire les palais universitaires, comme La Sorbonne que nous connaissons actuellement.
« En France, le développement de l’Enseignement Supérieur est avant tout une affaire d’État ». Dans les années 1960 et 1970, la construction des campus à la française a été de la seule responsabilité de l’État qui les a érigé sans concertation avec les villes, voire contre le consentement des communes supports. L’État met en oeuvre une pensée urbanistique fondée sur le fonctionnalisme et le zonage, produit des campus qui sont en rupture avec la ville. À cette rupture physique va s’ajouter une rupture idéologique et sociétale après les événements de 1968.
La rencontre entre universités, villes et territoires prend forme avec le schéma Université 2000 adopté en 1991. Ce plan d’envergure répond à l’explosion sans précédent des effectifs étudiants. « Des transformations profondes des Universités ont été amorcées avec ce plan ». C’est d’abord un schéma qui mobilise l’ensemble de la nation sur la question universitaire: le gouvernement obtient que sur les 32 milliards de francs investis, la moitié soit supportée par les collectivités locales. « Le coup de bluff ou le coup de génie est bien d’avoir fait payer les collectivités territoriales sans délégation préalable de compétences » analyse Bernard Pouyet.
Attractivité et rayonnement
« Entre autres enjeux, l’Enseignement Supérieur et de la Recherche représentent pour les villes un facteur évident d’attractivité et de rayonnement » poursuit l’orateur. Le plan U3M - Universités du 3ème Millénaire - a d’ailleurs été une sorte de rattrapage pour les universités de la région qui n’avaient pas été concernées initialement, à l’aube des années 2000. Pourtant, les grandes villes vont disposer d’un certain nombre de politiques spécifiques: les pôles européens, les PRES, l’Opération Campus, les Investissements d’Avenir et les IDEX. Autant de programmes qui reviennent sur la diffusion universitaire sur l’ensemble du territoire pour lui préférer une hiérarchisation des sites. Dans les grandes agglomérations, la segmentation entre plusieurs établissements publics d’Enseignement Supérieur, a inscrit les universités dans des réseaux verticaux, souvent de nature disciplinaire. La structuration à l’échelle des sites est aujourd’hui en marche, initiée par les programmes européens, généralisée par les PRES, accélérée par l’Opération Campus et par le IDEX. Cette structuration est souhaitée par les villes qui sont désormais prêtes à les accompagner.
Tendance récente et graduelle
On peut considérer que les problématiques territoriales des universités sont récentes. On observe une montée en puissance du côté des villes, de l’intérêt pour l’université. La prise en considération des villes par les universités s’est construite relativement progressivement, parce que du côté des universités, il a fallu dépasser un certain nombre de préjugés et de méfiances à l’égard d’un monde politique local souvent méconnu ou considéré comme traversé par des pratiques d’irrationalité et de compromission. « Dans un contexte de démocratisation de l’accès à l’Enseignement Supérieur, on peut s’étonner quand même de la relative prudence des universités à se saisir de la question de la vie étudiante et de la difficulté qu’elles ont eu à mesurer l’importance, en cette matière, de la contribution des villes » souligne Bernard Pouyet.
Les élus, rompus aux pièges et aux délices de l’intercommunalité, observent parfois d’un oeil amusé, les querelles d’ego et de rivalités institutionnelles et retardent, ici ou là, le mouvement de structuration des universités. Toujours est-il que la réorganisation des établissements à l’échelle d’un site est en oeuvre. Dès lors que les périmètres des universités et des villes se recoupent, leur relation peut s’organiser sur des bases renforcées. De fait, il faut organiser ce partenariat en rapprochant deux complexités: la nécessité d’identifier les partenaires et organiser la coopération entre les collectivités territoriales.
Gouvernance
« En interne, villes et agglomérations devront se doter vis-à-vis des questions universitaires et scientifiques, d’un véritable pouvoir d’expertise ». Selon la constitution, des complémentarités peuvent voir le jour dans un domaine, sous l’autorité d’une collectivité chef de file. S’agissant de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, on peut penser que la mise en place d’un chef de file reposera sur des négociations âpres entre les régions et les grandes villes. « Il convient d’aller désormais vers la mise en place d’instances stratégiques, organisées conjointement entre les universités et les villes répartissant les responsabilités entre elles » propose Bernard Pouyet.
Pour conclure, « ce rapprochement ville-université devrait s’organiser autour d’un objectif essentiel: le croisement des projets ». À l’échelle d’une agglomération, il est certain que le bloc local a l’expérience de la « pratique du projet ». Les universités accèdent de manière relativement progressive à cette pratique et il est difficile qu’elles développent celle-ci sur une véritable autonomie préalable. Dès lors que les universités diversifient leurs partenariats, elles ont besoin de savoir où elles vont et de se doter de projets pour honorer ces partenariats.
« Dans les grandes agglomérations, la segmentation entre plusieurs établissements a inscrit les universités dans des réseaux verticaux, souvent de nature disciplinaire ». En matière de recherche et d’innovation, la constitution d’écosystèmes, à travers les pôles de compétitivité par exemple, semble constituer la matérialisation d’un maillage territorial entre chercheurs et entreprises, sous l’égide des collectivités. Enfin, en matière de vie étudiante, le croisement des projets devrait se renforcer dans un contexte de crise par l’accès respectif des équipements (bibliothèques universitaires et municipales, installations sportives et équipements culturels). Télécharger la version légère ou la version normale.
Universités & Territoires n°90, au sommaire de ce numéro:
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• L'éditorial d'Hélène Mandroux : "Bloc local stratégique"
* 3 à 4 : Séance d’ouverture : le temps de la concertation est arrivé.
4 : Trois questions à Faustin Aïssi, Lille Métropole et Vice-Président de l’AVUF.
* 5 à 6 : La montée en puissance des villes et des agglomérations sur les questions d’Enseignement Supérieur, de recherche et de vie étudiante.
* 7 à 9 : Quelle contribution des villes au paysage universitaire français ?
* 10 à 11 : Enseignement Supérieur, recherche et collectivités locales: le croisement de deux systèmes en évolution.
* 12 à 14 : Focus sur la vie étudiante.
* 15à17:Quelle pertinenced’une politique de vie étudiante ?
* 18 à 19 : L’exemple de la Recherche et de l’Innovation.
19: Synthèse des travaux de la matinée et allocution de clôture.
* 20 : Synthèse de la contribution aux Assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.
Nous vous souhaitons une bonne lecture. Bien cordialement, Nicolas Delesque et Philippe Campinchi.
The rise of cities and towns on issues of higher education, research and student life, presentation Pouyet Bernard, President Emeritus of the University Pierre Mendes France of Grenoble Universities & Territories published in No. 90. Download the light version or the normal version.
To introduce the work of the conference, Bernard Pouyet a presentation on "the rise of cities and towns on issues of higher education, research and student life." From the outset, the former President of the University of Grenoble and keen observer of the political life of our country emphasized that "the synthesis foundation orchestrated by the Ministry mark the major role of the Higher Education and research. "
Bernard Pouyet back to the origins of universities in France and finds that "the Middle Ages to the French Revolution, 22 universities located in the country will benefit from the support of the host cities and are responsible for the processing of masters." From the Old Regime, cities compete for these universities. At the dawn of the Third Republic, cities are leveraged to build palaces university La Sorbonne as we know it today.
"In France, the development of Higher Education is primarily a state matter." In the 1960s and 1970s, the construction of campus to the French was the sole responsibility of the state that was erected without consultation with cities, even against the consent of the common media. More...