La CPU a tenu les 8, 9 et 10 février 2012 son colloque annuel à Aix-Marseille Université.
A 15 jours du premier tour des présidentielles, et alors que les universités sont en pleine période de renouvellement de leurs instances, consultez le mag’ du colloque de la CPU: « l’Université pour l’avenir, Avenir des universités ». Vous y trouverez les interventions des différents intervenants ainsi que les résumés des tables rondes qui ont permis à la CPU de formuler ses propositions aux candidats à l’élection présidentielle. Consulter le mag’.
Quatre modèles internationaux de financement des universités
Si l’enseignement supérieur s’est développé dans l’ensemble des pays de l’OCDE , tous n’ont pas adopté le même modèle pour associer cette expansion à l’exigence d’équité sociale et de qualité des programmes. Par exemple, la part du financement privé représente 30% en moyenne, mais ce chiffre masque de fortes disparités: 18% en France, et plus de 60% aux États-Unis ou au Japon. Expert à la direction de l’éducation de l’OCDE , Eric Charbonnier s’appuie sur un ensemble de travaux internationaux pour dégager une typologie:
Le modèle nordique: « C’est le “modèle rêvé”, gratuité des études et accès à des bourses et à des prêts mais aussi un grand consommateur d’argent public. Les gouvernements nordiques ont choisi de le préserver, mais avec un niveau d’imposition très élevé, qui correspond à environ 50% du salaire. »
Le modèle anglo-saxon: « Les frais d’inscription sont très élevés. Pour limiter leurs effets discriminants, les aides aux étudiants sont proposées sous formes de bourses ou de prêts. Ce modèle a tendance à se développer, comme l’indique le quadruplement des droits d’inscription au Royaume-Uni. Il se caractérise aussi par une forte proximité avec le marché du travail. Par exemple l’Australie a diminué le coût d’accès à certaines filières, pour attirer les étudiants vers des disciplines qui ont du mal à faire le plein. »
Le modèle japonais-coréen: « C’est sans doute le plus désavantageux pour les étudiants. Mais l’investissement public se développe, ainsi que le système de bourses, ce qui le rapproche de plus en plus du modèle anglo-saxon. »
Le modèle européen: « Les frais d’inscription sont peu élevés, et les aides aux étudiants peu développées. Face au manque de ressources des universités pour assurer la qualité de la formation, les frais ont tendance à augmenter – par exemple, en Espagne. Dans un objectif d’efficacité, la tendance actuelle est au renforcement des liens entre la formation et le marché du travail. »
Pour Eric Charbonnier, trois axes de réflexion s’imposent aujourd’hui: l’amélioration de l’orientation entre le secondaire et l’Université, l’adéquation de l’offre de cursus et des débouchés, et la valorisation du système LMD , « qui facilite les comparaisons entre les modèles, par exemple sur l’employabilité liée à la licence ».
Autonomie: Quels territoires pour l’Université?
Villes, départements, régions, la cohésion du maillage territorial, et le consensus entre ses différents responsables pèsera de plus en plus sur les universités que l’autonomie ouvre sur les territoires. Des enjeux renforcés par la situation économique que traverse la France.
Ce congrès marque un moment important de la CPU et des universités. Il intervient à quelques semaines d’élections nationales décisives qui donnent aux candidats la possibilité de prendre position sur les questions d’enseignement supérieur et de recherche. Les choix politiques seront cruciaux, pas seulement pour l’Université. C’est l’occasion de bâtir un projet pour la Nation » a insisté Louis Vogel, en ouverture du colloque annuel de la CPU. Un objectif ambitieux, mais nécessaire.
Particulièrement en période de crise. « Une crise économique, mais aussi identitaire », qui doit baliser les travaux, sans pour autant remettre en question la dynamique et la démarche engagées au cours des 5 dernières années et unanimement reconnues. « Nos universités évoluent dans un mélange de coopération et de compétition aussi bien au niveau national qu’international, mais les acquis sont encore fragiles » reconnaît le président de la CPU.
Savoir se projeter dans les 15 ou 20 ans à venir impose aussi de bien mesurer et analyser le chemin déjà parcouru. A ce titre, les congressistes ne pouvaient trouver meilleur exemple qu’Aix-Marseille Université.
« Il a fallu 40 ans pour que nos trois universités convergent en un seul établissement qui compte aujourd’hui 70 000 étudiants, dont 10 000 internationaux et plus de 7 500 personnels, enseignants et chercheurs » a noté Yvon Berland, Président de cette nouvelle université d’Aix-Marseille depuis le 3 janvier 2012. Un travail rendu possible par l’engagement sans faille des trois présidents - Yvon Berland, Jean-Paul Caverni, Marc Pena - et de leurs équipes, mais aussi par la dynamique mise en oeuvre avec les différents territoires. L’autonomie a, sans aucun doute, favorisé cette fusion. Les différents acteurs des collectivités locales et territoriales en conviennent, au-delà de leurs étiquettes politiques. « L’Université est un véritable acteur socioéconomique avec lequel les partenariats sont possibles » martèle Catherine Giner, adjointe à l’enseignement supérieur de la Mairie de Marseille.
Quel devra donc être le rôle des collectivités qui appellent toutes de leurs voeux la montée en puissance des universités sur leurs territoires, et la naissance de pôles d’excellence? « Nous sommes dans une situation de passeurs en faisant comprendre, par exemple, comment fonctionnent les collectivités territoriales. Mais en même temps nous devons tous être conscients du fait que la question dépasse la temporalité des échéances politiques! » modère pour sa part Félix Weygand, en charge de l’enseignement et de la recherche au Conseil général des Bouches-du-Rhône et universitaire lui-même. Plus inquiet quant aux aspects financiers, liés à la réforme des collectivités territoriales, Christophe Castaner, vice-président du Conseil régional de PACA, chargé de l’emploi et du développement économique, plaide pour une plus grande cohérence régionale. « Les investissements d’avenir imposent des choix difficiles entre équipes, équipements et projets. Mais il faudra de toute façon veiller à ce qu’il n’y ait pas de coupure entre le pôle universitaire multidisciplinaire et le pôle secondaire. Il faut faire reculer l’échec en 1er cycle qui est de 60 à 70% » conclut l’élu. Consulter le mag’.
Jean-Paul de Gaudemar, recteur de l’académie d’Aix-Marseille. « Aller au-delà de l’autonomie de la dépense »
« Il faut avoir une vision d’avenir, voir loin, sans pour autant être hors-sol. Les ambitions internationales peuvent faire oublier aux universités leur territoire de proximité » note Jean-Paul de Gaudemar, qui tient à préciser sa lecture de l’autonomie des universités, qui ne se limite pas à la seule question du lien avec l’État. Sans éluder les questions du statut des personnels ou du contrôle financier par les recteurs, Jean-Paul de Gaudemar, souhaite élargir le champ et aller au-delà d’une vision qui se réduirait à « l’autonomie de la dépense ». Le problème de la gouvernance, les liens avec les collectivités, bousculent désormais les « rituels » et pose la question centrale qui est de savoir comment faire fonctionner les établissements. « La question du positionnement territorial est aussi une façon d’affirmer que l’Université doit être pensée comme un bien public, au sens économique du terme, mais aussi un service public sur des échelles diverses qui doit redevenir un moteur du système éducatif tout court. Il faut absolument que l’Université reprenne la main pour combler le fossé qui s’est creusé entre enseignement secondaire et enseignement universitaire. » Consulter le mag’.
Patrick Hetzel, directeur général pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle.
« Nous assistons à un accès croissant de la population à l’enseignement supérieur, la population mondiale des étudiants avoisine aujourd’hui 200 millions quand elle était dans les années soixante de 10 millions. Tout cela renforce la nécessité de repenser l’attractivité de nos enseignements supérieurs et surtout la complémentarité des stratégies de nos établissements.
Ce qui nous amène à repenser aussi la manière dont nous positionnons notre enseignement supérieur français car, encore une fois, au-delà de nos frontières les choses bougent. Alors comment voir les choses pour demain? La philosophie de l’accès à l’enseignement supérieur a évolué, la réussite effective des étudiants prévaut désormais partout. Dans un monde très ouvert elle se mesure, elle se diffuse, elle se compare, et il ne faut pas en avoir peur, bien au contraire! Outre la poursuite du renforcement de l’Université comme opérateur majeur de l’enseignement supérieur et de la recherche, nous avons engagé une révolution indispensable en matière d’accès à l’enseignement supérieur.
Dans les années soixante nous avions 300 000 jeunes dans le post-bac, 50 ans après, nous en avons huit fois plus, c’est à dire 2,4 millions. L’économie de la connaissance est de toute évidence devenue une réalité. Elle contribue non seulement à maintenir le bien-être de la société et sa croissance économique, mais elle est aussi un puissant stimulateur de l’innovation. Notre défi est bien évidemment quantitatif, mais nous avons aussi, comme beaucoup de pays, à relever un enjeu qualitatif. Le risque d’iniquité, malgré la démocratisation du système tout entier, peut résider dans la tentation d’une certaine hiérarchisation réelle ou perçue que génèrerait cette diversité, ce qui serait mortifère. De fait, le rôle des présidents d’université et de l’ensemble des équipes de direction s’est fortement complexifié. Les universités, dont les budgets ont été multipliés par quatre, voire par cinq, avec le passage à l’autonomie, acquièrent progressivement un nouveau positionnement à l’échelle des territoires, mais aussi et surtout à l’échelle européenne et internationale. Il s’agit de continuer à libérer les initiatives locales, mais l’État doit continuer à assurer la régulation du système de l’enseignement supérieur français dans son ensemble.
Encore une fois les questions de structures sont importantes, mais vous le savez, je fais partie de ceux qui pensent que les structures n’ont d’intérêt que par rapport à un projet. Ce qui doit être au départ, c’est le projet, ne perdons jamais de vue que les structures n’ont de sens que si elles viennent appuyer un projet. Je voudrais aussi vous indiquer à travers cela que notre objectif c’est de bien garder ce cap, avoir en tête que l’Université a un rôle à jouer en société; à nous de faire en sorte que dans les années à venir, davantage qu’elle ne le fait encore, elle soit complètement insérée en société et joue ce rôle auprès de ces 2,4 millions de jeunes, et qu’elle soit considérée comme très présente dans le quotidien de nos concitoyens. Ces chantiers où on s’intéresse à la place de l’individu et aux étudiants, quel que soit leur âge sont passionnants, et nous devons nous en saisir collectivement. » Consulter le mag’.
Autonomie sans frontière: l’Europe et au-delà…
Un regard plus large chez nos voisins européens, mais aussi beaucoup plus loin, en Chine ou aux États-Unis par exemple, permet de mesurer l’évolution globale de l’enseignement supérieur. Un mouvement dans lequel la France s’inscrit pleinement, mais qui ne doit pas pour autant brouiller le « modèle français ».
L’évolution très sensible du nombre d’étudiants et un meilleur accès à l’enseignement supérieur se confirment au niveau mondial, depuis plusieurs années, notamment dans les pays en voie de développement. « Aujourd’hui, la Chine diplôme deux fois plus d’étudiants que les États-Unis et 10 fois plus que la France ou l’Allemagne. Dans le monde, la population étudiante est passée de 10 millions dans les années 1950 à 200 millions en 2012 » indique Patrick Hetzel, directeur général pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle. « Un certain nombre d’enjeux sont communs à tous les pays, qu’ils soient développés ou émergents. Les politiques publiques accompagnent les universités dans leur capacité à transmettre en temps réel les nouvelles connaissances, mais aussi dans la production de nouveaux services. Il s’agit d’un élément structurant fort » ajoute Pierre-François Mourier, directeur général adjoint du Centre d’analyse stratégique, notant par ailleurs que les attentes en matière d’employabilité et d’insertion professionnelle des jeunes diplômés sont de plus en plus fortes dans beaucoup de pays.
Cette évolution qui s’accompagne au niveau mondial d’une réflexion plus avancée sur les notions d’excellence, de capacité de recherche - aussi appelée « masse critique » - de visibilité internationale, induit des formes de mutualisation et de coordination plus développées qu’auparavant.
La situation des pays émergents, liée notamment à la forte démographie qu’ils enregistrent, conduit souvent les États à augmenter les capacités d’accueil, mais aussi à concentrer les moyens sur quelques pôles à très forte visibilité. « En revanche, poursuit, Pierre-François Mourier, l’enjeu pour les pays développés, dont la France, est davantage d’améliorer la réussite. » Un objectif d’autant plus crucial dans un contexte de grande diversité des recrutements et du profil des étudiants.
Le rôle fondamental joué par l’État
Même s’il est important d’avoir en tête la réalité des situations chez nos voisins, plus ou moins lointains, ceux-ci ne constituent pas pour autant des modèles à suivre aveuglément.
« En Grande-Bretagne, 66% des budgets de recherche sont concentrés sur une dizaine d’établissements. Si on compare avec la France, on se rend compte qu’il y a plus de Labex en dehors des Idex que dans les Idex. L’excellence ne se limite pas à quelques pôles » insiste Patrick Hetzel.
Dans ce contexte, Gérard Blanchard, président de l’Université de la Rochelle, tient à rappeler quelques principes de base portés par la CPU. « L’État joue un rôle fondamental dans le dispositif national français, notamment en garantissant l’accès au plus grand nombre sur tout le territoire. Pour y parvenir, il est essentiel de maintenir le statut de fonctionnaire de ses personnels, de conserver l’habilitation nationale des diplômes, et de limiter le montant des droits d’inscription fixés par l’État. »
« Les universités sont le seul service public soumis à la compétition mondiale, il serait donc logique que les évaluations qui sont faites tiennent compte de cette spécificité, et intègrent une forte composante internationale. Pourquoi n’envisagerait-on pas, au sein de nos universités européennes un système de benchmarking, comme j’ai pu l’observer avec intérêt aux États-Unis? Prenons par exemple le cas de l’Université du Maryland. Ses responsables ayant diagnostiqué une baisse de régime, une perte de souffle, ils décident d’évaluer leurs établissements par rapport à 17 autres universités américaines. Trois établissements comparables sont sélectionnés et passés au crible. Les budgets, le profil des enseignants et des chercheurs, les méthodes pédagogiques, et, bien entendu, les résultats sont décortiqués. L’audit permet alors, grâce à cette comparaison « grandeur nature », de calibrer au mieux le plan d’investissement. J’ai essayé d’introduire cette méthode en Suisse, je n’ai eu qu’un succès d’estime! » Consulter le mag’.
Discours de Laurent Wauquiez, « L’autonomie prouve la capacité des universités à appréhender le changement »
La création de l’Université d’Aix-Marseille est un très bel exemple de la force de transformation impulsée par la CPU. » En soulignant ainsi, dès l’introduction de son discours, la fusion des universités de Provence, de la Méditerranée et Paul Cézanne le 1er janvier 2012, Laurent Wauquiez a clairement indiqué l’orientation actuelle de l’enseignement supérieur: celle du changement.
Pour le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, les politiques publiques doivent aujourd’hui faciliter cette dynamique. D’abord, en termes de financements: « L’enseignement supérieur a été victime d’un sous-investissement pendant plus de trente ans. Malgré le contexte économique actuel, il ne peut être une variable d’ajustement. La meilleure preuve concerne les investissements d’avenir, qui ne sont pas remis en cause. »
Inscrire l’Université sur son territoire, en lien avec les collectivités
Plus largement, Laurent Wauquiez insiste sur l’importance de repositionner l’enseignement supérieur « au coeur des politiques publiques ». Concrètement, la logique partenariale doit dominer dans les relations entre les pouvoirs publics et les universités. « C’est grâce à un travail en commun – et en continu – que les changements de grande ampleur, comme le positionnement international, pourront aboutir, estime le ministre. Les présidents d’université s’imposent comme des interlocuteurs crédibles et fiables, et ce sont eux qui peuvent réellement porter le changement. » L’autonomie est sans doute le meilleur exemple de « rupture », qu’il s’agit de « construire et de domestiquer sur la durée ».
Plus qu’une finalité, Laurent Wauquiez la considère comme un outil de transformation, qui peut permettre de développer les sites universitaires, de révéler les forces de la recherche française, et de redonner toute leur place aux sciences humaines et sociales. Parallèlement à ces objectifs, les universités doivent relever aujourd’hui plusieurs défis. « Il faut réfléchir à l’inscription de l’enseignement supérieur sur le territoire, en lien avec les collectivités, estime le ministre. Les politiques publiques ne peuvent pas se résumer aux investissements d’avenir ou aux Idex, elles doivent être structurées aussi à l’échelle de la région. » C’est une des conditions au développement d’une approche « non isolante, non élitiste ».
La formation continue « en ligne de mire »
Tous les établissements d’enseignement supérieur doivent trouver leur place dans le paysage, insiste Laurent Wauquiez, qui rappelle que les universités moins bien dotées doivent bénéficier d’un rattrapage.
« Aujourd’hui, l’enjeu est de renoncer à l’approche d’émiettement, qui morcelle et donc affaiblit l’action, et de développer une vision en réseaux, à l’image de La Rochelle et Poitiers. Inscrire les sites universitaires sur le territoire, dans une dynamique de travail en commun me paraît une piste intéressante. Plutôt que d’être en concurrence les unes avec les autres, mieux vaut mettre vos forces en commun pour rivaliser avec d’autres pays, à une échelle extra-nationale. » Le ministre donne en exemple l’Université d’Aix-Marseille, qui peut désormais rayonner sur le bassin méditerranéen.
En ciblant son intervention sur la question du changement, Laurent Wauquiez met en avant la capacité d’innovation des universités, notamment sur des terrains où elles ne sont pas attendues. « L’Université n’a pas accès à la formation continue. Or la qualité de l’enseignement supérieur est un atout à mettre en avant. Les sites universitaires pourraient être utilisés de façon plus ample, en se positionnant sur les reconversions professionnelles. » Pour le ministre, il s’agit d’un « défi à conserver en ligne de mire, pour consolider la place de l’enseignement supérieur ». Consulter le mag’.
Voir aussi L’avenir des universités en débat à Marseille, L’Université pour l’avenir, avenir des universités.
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