L’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques - progrès et obstacles
Par Elisabeth Noël. La question de l’extension des horaires d’ouvertures en bibliothèques, universitaires ou de lecture publique, vient de donner lieu à un nouveau rapport de l’Inspection générale des bibliothèques (IGB). Dominique Arot analyse les différentes possibilités d’ouverture et relève l’ensemble des obstacles que rencontrent les établissements (implantation des locaux, gestion du travail…) pour enfin suggérer des pistes d’amélioration. Il précise aussi que « la question n’est pas tant celle du volume des horaires d’ouverture (…) que celle de leur pertinence », pour conclure que: « C’est la présence face aux publics et la médiation qui doivent désormais être premières. »Lire la suite: L'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques: progrès et obstacles, Dominique Arot, Inspection générale des bibliothèques, novembre 2012. Pour aller plus loin: Améliorer l’accueil dans les bibliothèques: propositions pour une extension des horaires d’ouverture, Georges Perrin, Inspection générale des bibliothèques, avril 2008, Ouvrir plus, ouvrir mieux, ouvrir autrement? Faisabilité et pertinence des extensions des horaires d’ouverture en bibliothèques universitaires, Marie Déage, mémoire DCB, enssib, janvier 2010.
Rapport n° 2012-005 - novembre 2012, Dominique AROT, Inspecteur général des bibliothèques
1.1. Dans les bibliothèques de l’enseignement supérieur
L’ouverture trop restreinte des bibliothèques et le déficit de places de travail des universités françaises ont été déplorés à diverses reprises et mis en comparaison avec la générosité des conditions d’accès des bibliothèques étrangères, en particulier sur les campus américains. Les étudiants eux-mêmes ont dénoncé cette situation (cf les « pyjamas-parties » des étudiants nancéiens à la fin des années 2000). On sait que la présence au sein des universités de bibliothèques largement ouvertes et conviviales constitue un élément-clé de la lutte contre l’échec et de la qualité de l’insertion des étudiants dans l’environnement universitaire. C’est une des raisons du succès des learning center à l’étranger. L’émergence de la documentation numérique et le développement général des environnements numériques de travail (ENT) n’ont en rien affecté l’intensité de la fréquentation du lieu-bibliothèques, même s’ils en ont fait évoluer les usages.
Pour présenter une analyse qui tienne compte des spécificités des différentes disciplines, des différentes communautés d’étudiants et de chercheurs et de l’environnement de chaque université, on a choisi ici de présenter les horaires des bibliothèques par grandes catégories: bibliothèques centrales et pluridisciplinaires, bibliothèques de santé, de droit, de sciences et de lettres, en établissant une distinction entre les établissements de province et ceux de la région parisienne. Les horaires retenus sont ceux qui sont communiqués sur les sites web des bibliothèques. Lorsque les périodes de fermeture étaient indiquées (cette information n’est pas donnée systématiquement), on les a reportées sur les tableaux qui suivent.
Deux aspects méritent d’être soulignés:
- la question des horaires d’ouverture, toutes disciplines confondues, et donc de la disponibilité d’espaces de travail, de ressources documentaires in situ, de conseil et d’accompagnement ne peut être dissociée de la lutte contre l’échec à l’université et du combat pour l’égalité des chances.
- La politique de site et la recherche de complémentarité entre les différents lieux: ainsi sur le site de Strasbourg les horaires varient entre 29 heures et 72h30 en fonction des lieux et des disciplines.
1.1.1. La situation en province
De manière à ne pas fausser la réflexion, le présent rapport présente isolément la situation des bibliothèques de province. L’amalgame avec les bibliothèques franciliennes conduirait en effet à rapprocher des établissements travaillant dans des environnements trop différents. On verra que, pour autant, les résultats diffèrent assez peu.
Ce corpus de 137 bibliothèques comporte quelques doublons lorsqu’une même bibliothèque s’adresse aux étudiants de deux disciplines (droit-lettres, par exemple). Il est susceptible de contenir des omissions ou des inexactitudes qui n’affectent pas l’analyse d’ensemble.
Voici les quelques données chiffrées qui peuvent être déduites de ce tour d’horizon:
- La moyenne hebdomadaire d’ouverture est de 58 h pour les bibliothèques/lettres, de 58h30 pour les bibliothèques sciences, de 59h30 pour les bibliothèques de droit et de 65h pour les bibliothèques de santé. Les bibliothèques centrales et pluridisciplinaires ont, elles; une ouverture moyenne de 60h30. Toutes catégories confondues, l’ouverture hebdomadaire moyenne s’élève à 60 heures.
- 27% des bibliothèques ne sont pas ouvertes le samedi
- 48,9% n’ouvrent pas au-delà de 19h
- Seulement 8% ferment avant 19h
- 51,1% ouvrent au-delà de 19h au moins une fois par semaine
- 18,9% ouvrent après 20h
- 11,6% ouvrent après 21h, soit 16 bibliothèques dont 9 en santé.
1.1.2. La situation en région parisienne
On soulignera ici la difficulté à réunir des données significatives concernant un très grand nombre de bibliothèques géographiquement très dispersées, si l’on fait exception des grandes bibliothèques du centre de Paris dont le fonctionnement est analysé plus loin. Les tableaux qui suivent ne sont pas exhaustifs, mais les données présentées permettent de discerner les tendances propres à la région parisienne.
Pour l’essentiel, on retrouve ici les mêmes constantes observées dans les bibliothèques de province: horaires généreux pour les bibliothèques de santé, en particulier celles qui sont intégrées aux grands hôpitaux parisiens, horaires plus limités dans les autres grands domaines disciplinaires.
Il faut également introduire une distinction entre les universités de Paris intramuros et celles de la banlieue. Ces fortes différences de contexte ont conduit à ne pas proposer d’horaire moyen d’ouverture.
A la lecture de ces tableaux, deux constatations s’imposent:
- une extension significative des horaires demeure possible dans un certain nombre d’établissements, extension qui permettrait de faire baisser la pression sur les grands établissements du centre de Paris (en particulier la BPI, la BnF et Sainte-Geneviève).
- une véritable coordination entre établissements sur les horaires hebdomadaires et les périodes de fermeture doit se mettre en place.
1.1.3. Les grands équipements universitaires franciliens
L’ouverture récente de la Bibliothèque Sainte-Barbe, puis de la BULAC ont enrichi l’offre à Paris intra-muros. Une augmentation des moyens en personnel de la Bibliothèque Sainte-Barbe permettrait de tirer un parti encore meilleur de ce nouvel équipement, d’autant plus que la fermeture de la Bibliothèque de la Sorbonne pour travaux, malgré des locaux provisoires, affecte la situation parisienne. Lorsque l’on considère la saturation régulière de la BPI (en particulier le week end), la file d’attente continuelle devant les portes de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, on ne peut que conclure que, d’une part, on n’a pas encore tiré le meilleur parti des équipements existants en coordonnant mieux leurs horaires et que, d’autre part, il faut à coup sûr imaginer encore des surfaces d’accueil supplémentaires à Paris, tant les besoins sont considérables.
Il conviendrait également que les différents responsables concernés prennent la mesure entière du rôle joué par les bibliothèques. Ainsi le CNAM souvent cité en exemple, à bon droit, pour son travail dans le domaine de la formation tout au long de la vie, offre en matière de documentation des surfaces, des services et des horaires d’ouverture sans commune mesure avec les besoins d’un public de salariés disponible en soirée et les week-ends.
1.1.4. Bilan d’ensemble
Le bilan ci-dessus n’est pas exhaustif et des erreurs factuelles peuvent s’y être glissées. Il permet cependant de dégager quelques tendances:
- les progrès incontestables en province comme en Île-de-France des bibliothèques médicales avec, dans quelques cas, des volumes d’ouverture qui concurrencent les meilleures bibliothèques étrangères.
- un bilan plus nuancé dans les autres disciplines, malgré des progrès dans les ouvertures du samedi, en particulier. Il reste cependant encore beaucoup à faire et d’importants obstacles subsistent: environnement des campus, contraintes des locaux, tensions sociales, limites de certains effectifs, disparité de moyens entre les universités à dominante lettres/sciences humaines et les universités à dominante scientifique.
- L’horaire moyen d’ouverture hebdomadaire, toutes disciplines confondues, est passé de 40 à 58 heures entre 1988 et 2008. L’évolution entre 2008 et 2012 est inégale et l’on voit, qu’hormis pour les bibliothèques médicales, cette moyenne peine à franchir les 60 heures.
- une plus grande ouverture des bibliothèques, de leurs locaux comme de leurs ressources en ligne, constitue donc un devoir compte tenu du rôle irremplaçable qu’elles jouent en matière de formation, de recherche et d’insertion dans la vie universitaire. Télécharger le rapport Arot: L'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques: progrès et obstacles.
Elisabeth ag na Nollag. A eisiúint an síneadh le huaireanta oscailte i leabharlanna, ollscoileanna nó leabharlanna poiblí, thug ardú le tuarascáil nua ón Ard-leabharlanna Cigire (IGB). Dominique Arot anailís ar na féidearthachtaí éagsúla a oscailt agus gach constaic a mholadh institiúidí (bhunú bainistíocht saothair áitiúil...) agus ar deireadh feabhsuithe is féidir. Níos mó...


