Universités & Territoires n° 94
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Avec l’arrivée du nouveau programme Erasmus + qui oriente les politiques européennes de mobilité, éducation, jeunesse et sport de 2014 à 2020, le réseau Erasmus Student Network (ESN) se saisit d’un des enjeux majeurs de ce programme : la création de liens entre l’éducation formelle et l’éducation non-formelle grâce au programme Eduk8. Présentation du dispositif et témoignage de la présidente d’ESN sur Aix-en-Provence.
Le programme Eduk8 est un projet de formation développé par ESN International qui vise, à travers l’utilisation des méthodes de l’éducation non-formelle, à développer les compétences et capacités des bénévoles et élus de ce réseau de 430 associations en Europe qui oeuvrent pour l’accueil, l’intégration et le soutien des étudiants en mobilité. A travers plusieurs programmes, le réseau ESN cherche à développer les futurs experts de l’éducation non-formelle dans le contexte de la mobilité étudiante. Des parcours différenciés sont mis en place : apprentissage interculturel, développement associatif et management sont les thématiques des ces différentes formations. ESN développe également un pool de formateurs à travers son programme de Training for Trainers (T4T) à même d’agir comme ressources de formations au sein du réseau et au-delà. Plusieurs bénévoles des associations françaises du réseau ont déjà participé aux premières formations organisées par les associations locales en coordination avec ESN International en Slovaquie, en Espagne, en Belgique et en Roumanie. Ces bénévoles formés s’investissent à leur tour pour donner des formations de qualité lors des rencontres nationales ESN France.
Lola, actuelle présidente d’ESN Aix-en-Provence, a participé à la formation en Roumanie cet été. Elle explique : « J’étais très curieuse de savoir en quoi Eduk8 pouvait être différent de l’université en termes d’apprentissages. Très souvent, à l’université, on nous apprend plus la théorie que la pratique ; on applique les règles, c’est du par coeur. Durant le T4T, j’ai pu mettre directement les théories en action : jeux de rôles, brainstorming, ateliers... du «learning- by-doing» par excellence ! Grâce à ces échanges d’informations et d’idées, les apprenants trouvent eux-mêmes les solutions à leurs problèmes, au lieu qu’elles leur soient données telles qu’elles. C’est une expérience très responsabilisante, surtout dans le milieu associatif où il n’y a pas de réponses toutes faites à chaque situation. »
Info + http://www.esn.org/content/eduk8
« 20 ans de l’AVUF » Aix-en-Provence 10 & 11 octobre 2013 - Aménager la ville universitaire de demain.
Autonomie des universités : il faut passer aux travaux pratiques
Adoptée en juillet, la loi Enseignement supérieur et recherche clôt une année de houleux débats. Au-delà des critiques qu'on peut lui adresser, le texte fixe le cadre des transformations à venir des universités, entre collégialité et capacité gestionnaire. C'est à présent dans la pratique que le changement va prendre corps, et c'est à cette aune que sera appréciée la politique initiée par la nouvelle loi. En particulier, l'approfondissement du mouvement vers l'autonomie, en le rendant plus collectif, l'organisation de l'enseignement supérieur et de la recherche au niveau du territoire et la reconstruction de l'offre de formation sont des enjeux majeurs : tout progrès en la matière dépendra de la façon dont les acteurs sauront se saisir de la loi.
Synthèse
C'est une particularité française que de douter de ses universités et de se méfier de ses universitaires. C'est pourquoi le gouvernement a estimé politiquement indispensable le vote d'une nouvelle loi, et c'était indispensable pour rectifier certains aspects de la loi précédente. Espérons maintenant ne pas voir se ré-aiguiser de sitôt l’appétit législatif, tant l'épisode qui vient de se terminer et qui a mobilisé les acteurs de terrain, le ministère et le Parlement pendant des mois a épuisé les énergies : le texte auquel il a abouti ne compte pas moins de 88 pages, allant jusqu'à un niveau de détail qui paraît extravagant[1]. L'image des universités ne sort en effet pas grandie de ces débats qui ont évité les questions cruciales de moyens et de cohérence des parcours, que Terra Nova avait mises en avant. Ils se sont trop souvent contentés d’effets de manche (sur l'interdiction de parler anglais ailleurs qu'en cours d'anglais, par exemple), de bonne conscience (sur l'obligation d'accueil indifférencié des bacheliers les moins préparés avec la conséquence inévitable d'inciter les autres à fuir les licences universitaires) et de corporatisme (sur le maintien de la qualification des enseignants par le CNU[2] au prétexte d'éviter le recrutement de mauvais docteurs, comme si la qualification par le CNU avait jamais empêché de fort mauvais recrutements).
Pour autant, une loi ne fait ni le printemps, ni l'hiver : ce sont maintenant les pratiques qui vont compter pour développer en actes l'autonomie des universités. Ce sont les pratiques qui permettront d'amplifier ou d'éteindre les dynamiques engagées depuis trente ans. Bien des problèmes demeurent, et en premier lieu ceux qui résultent de la segmentation de notre système d'enseignement supérieur et de recherche entre universités et grandes écoles d'un côté, entre établissements d'enseignement et organismes de recherche de l'autre. On attend :
- du ministère des messages clairs, et des actes, y compris sur le plan financier, malgré le contexte général très défavorable ;
- des universités qu'elles sauront se saisir des opportunités ouvertes par la loi, mettre en place un système de gouvernement qui inspire la confiance de la communauté universitaire, en plaçant à leur tête des universitaires reconnus épaulés par des administrations performantes, et enfin s'attacher à recruter les meilleurs talents ;
- et enfin des universitaires, qui ont été la force motrice des récentes évolutions, mais dont on peut craindre le découragement, qu'au contraire ils s'engagent avec audace.
C'est en tout cas à l'aune de la mise en pratique que Terra Nova entend apprécier la politique menée en matière d'ESR.



