L’instabilité ministérielle est extrêmement forte, en raison de la fragilité des coalitions parlementaires et de la neutralisation du droit de dissolution depuis l’échec de la dissolution du 25 juin 1877 opérée par le maréchal de Mac-Mahon.
Parallèlement, le bicamérisme égalitaire mis en place par les lois constitutionnelles de 1875 est source de paralysie : aucune procédure de conciliation n’étant prévue en cas de désaccord entre les Chambres, la "navette législative" peut se poursuivre indéfiniment. Cette situation de blocage s’avère extrêmement préjudiciable, alors que le pays est confronté à une grave crise économique et que le contexte international est caractérisé par la montée des périls liés aux régimes totalitaires. Les émeutes du 6 février 1934 révèlent d’ailleurs qu’il existe un risque de coup d’État de l’extrême-droite à l’encontre des institutions républicaines.
Afin de tenter d’apporter une réponse à cette paralysie des institutions, les assemblées délèguent une grande partie de leur compétence législative en adoptant des lois de pouvoirs spéciaux habilitant le Gouvernement à légiférer par décrets-lois. Cet usage des pouvoirs spéciaux se banalise : il est pratiqué trente-et-un mois et demi sur soixante-seize entre le 1er mars 1934 et le 1er juillet 1940 et vingt-deux-mois et demi sur trente-six entre le 1er juillet 1937 et le 1er juillet 1940. La carence du Parlement culmine avec le vote de la loi du 10 juillet 1940 confiant au maréchal Pétain les pleins pouvoirs. Celui-ci fonde l’État français, dans lequel les pouvoirs législatif et réglementaire sont exercés sans aucune limite par le seul chef de l’État, qui dispose en outre du droit de choisir son successeur, sans aucune consultation électorale. Plus...
