L’idéal d’une université publique et gratuite en Amérique latineL’année 2018 marque pour l’Argentine et de nombreux pays latinoaméricains le centième anniversaire de la réforme universitaire de Cordoba (1918). A partir de ce mouvement réformateur qui défend une université publique, autonome, co-gouvernée et garante d’ascension sociale, les Etats latino-américains vont renverser le modèle élitiste hérité des colonies.
Si les systèmes nationaux demeurent extrêmement divers en raison du contexte historique de chaque Etat, comme au Brésil où la Métropole puis le Premier Empire s’opposent à la création d’universités, des traits communs aux pays latinoaméricains sont identifiables. On peut notamment constater trois périodes de réformes qui imprègnent les représentations et l’actualité de l’enseignement supérieur de la région.
Le premier temps de réforme est caractérisé par le mouvement de Cordoba de 1918, qui part de revendications étudiantes en Argentine et s’étend aux pays voisins.
Dans les années 1970, l’idéal de Cordoba est toujours partagé par les Etats latino-américains, mais la saturation des établissements et leur concentration dans les grands centres urbains compromettent l’accès démocratique à l’université. Une seconde vague réformatrice s’amorce à cette période pour augmenter l’offre éducative publique. Des politiques d’investissements permettent la création d’universités et d’écoles polytechniques dans les territoires intérieurs.
Au tournant des années 1990, des changements structurels amorcent la massification de l’enseignement supérieur latino-américain. Si la région compte 7,5 millions d’étudiants en 1995, ils sont 15,5 millions 10 ans plus tard. Outre la croissance démographique, la modification des constitutions de nombreux pays pour introduire la notion de multiculturalisme rend l’université accessible à des minorités qui en étaient exclues. Si la réforme des années 1970 avait amené à créer de nouveaux établissements publics, c’est sur des capitaux privés que repose la troisième vague de réforme des années 1990.
Le développement de l’offre privée représente un tournant dans la tradition latino-américaine d’enseignement public et gratuit. Dans le contexte de la crise de la dette que traversent les Etats, les établissements privés absorbent la demande, notamment dans les secteurs peu couverts par l’enseignement public. Au début de XXIème siècle, le secteur privé formait 47% des étudiants de la région, 52% en 2011. Les différences entre les pays sont tout de même notables : 72% des étudiants sont dans le secteur privé au Brésil, moins de 25% en Argentine ou au Honduras.
Ces caractéristiques communes nourrissent les volontés de regroupement qui animent depuis des décennies l’aire latinoaméricain. La définition d’un cadre commun à l’échelle du continent, notamment pour réguler la prolifération des offres privées et en certifier la qualité, est un objectif que s’est fixée la IIème Conférence régionale de l’enseignement supérieur en 2008 (CRES). La IIIème Conférence, de juin 2018, entend concrétiser un plan d’action pour avancer dans la définition d’un Espace latinoaméricain et caribéen de l’enseignement supérieur (Enlace) à l’occasion des 100 ans de la réforme de Cordoba.
Sources :
Ernesto Villanueva. “Perspectivas de la educación superior en América latina: construyendo futuros”. Perfiles educativos. 2010, vol.32, n.129, pp.86-101
Olivier Guadalupe, “Reto de la educación superior privada en América latina: entre la expansión y la resistencia”. IdeAs, Idées d’Amériques. Institut des Amériques, 2012. Plus...