L’émergence d’un espace africain de l’enseignement supérieur remonte au début des années 1980 lorsque la Convention adoptée lors de la Conférence de l’Unesco à Arusha (Tanzanie) a défini un cadre légal pour la reconnaissance des études (à travers un système de crédits), des certifications et des diplômes de l’enseignement supérieur entre les pays africains. Cette Convention n’a cependant été ratifiée que par 19 des 54 Etats africains et n’a donc pas été mise en œuvre. Mais elle a servi de base à la Conférence des ministres de l’éducation de l’Union africaine qui en 2007 a convenu d’une stratégie d’harmonisation de l’enseignement supérieur visant à faciliter la reconnaissance mutuelle des qualifications et à renforcer la mobilité académique intra-africaine. Tous les deux ou trois ans, cette Conférence ministérielle se réunit pour évaluer l’avancée de cette stratégie d’harmonisation.Les six principes de cette stratégie peuvent être comparés à ceux qui président au processus de Bologne : cette stratégie doit 1) être conduite de l’intérieur par les pays africains, 2) reposer sur un partenariat mutuel de tous ses acteurs, 3) bénéficier d’une infrastructure de soutien et de financements appropriés, 4) impliquer la mobilisation des différentes parties prenantes (gouvernements, établissements, société civile, secteur privé), 5) s’inscrire dans les systèmes éducatifs des pays, 6) s’accompagner d’une amélioration de la qualité de l’enseignement à travers la mobilisation de ressources au sein de chaque pays.
Les initiatives africaines de coopération dans le domaine de l’enseignement supérieur sont cependant largement tributaires d’incitations et de financements extérieurs, venant d’acteurs tels que l’Unesco, la Banque mondiale ou des pays donateurs. Le partenariat stratégique entre l’Afrique et l’Union européenne, adopté en 2007, a fortement contribué à la concrétisation d’actions de coopérations (au moyen d’instruments tels qu’Erasmus Mundus, Edulink, Marie-Curie...) :
Mobilité : lancé en 2011 avec un financement de l’UE de 35 M€, le programme de mobilité Nyerere contribue au développement et au maintien des ressources humaines africaines de haut niveau (master ou doctorat) dans des domaines clés pour le développement socio-économique de l’Afrique.
Assurance qualité et accréditation : Le African Quality Rating Mechanism and Accreditation (AQRM) défini dans le cadre de la stratégie d’harmonisation initiée en 2007 bénéficie de l’initiative financée par l’UE, Harmonization of the African Higher Education Quality Assurance and Accreditation (HAQAA), avec un consortium conduit par l’université de Barcelone et impliquant l’association africaine des universités, l’EUA, le DAAD, l’ENQA. En 2015, 21 pays africains étaient dotés d’une instance d’assurance qualité.
Université pan africaine : consiste en un réseau de 55 universités sélectionnées pour mettre en œuvre des programmes de formation post graduée et de recherche dans cinq domaines identifiés comme prioritaires, chacun d’eux étant portés par l’une des cinq sous régions du continent (par ex. : sciences de la vie et de la terre en Afrique de l’ouest, énergie, eau et changement climatique en Afrique du nord...).
Harmonisation des études : le programme Tuning Africa, a été lancé avec l’UE en 2011 sur la base du programme similaire financé par l’UE dans le cadre du processus de Bologne à partir de 2001 avec 175 universités européennes. Ce programme concerne 60 universités africaines sélectionnées regroupées en 5 groupes travaillant à l’harmonisation des niveaux des programmes d’études à travers des systèmes d’accumulation et de transferts de crédits dans 5 domaines disciplinaires différents. Une nouvelle phase de ce programme est en cours (2015-2019).
Il faut cependant souligner que l’émergence de l’espace africain de l’enseignement supérieur que ces actions concrétisent s’accompagne de l’émergence d’espaces similaires à l’échelle subrégionale. Ainsi, les pays francophones ont leur propre système d’assurance qualité (le CAMES), le Conseil interuniversitaire réunissant 5 pays d’Afrique de l’Est promeut son système d’assurance qualité dans les établissements publics et privés... La coexistence de dynamiques subrégionales et régionale peut être un atout mais aussi une source de tension sur ce continent où la mise en œuvre de sa stratégie d’harmonisation est largement tributaire du financement et de l’implication d’acteurs extérieurs. Plus...