Aujourd’hui, ce “modèle” est interrogé, sous la pression de diverses revendications, notamment identitaires. Les réponses proposées par ces pays ne sont pas univoques. Elles révèlent la complexité de sociétés qui, confrontées à de nouveaux questionnements, ont changé et elles mettent en lumière les dangers d’une politisation de ce débat.
Le 1er janvier 2000 s’opère une révolution tranquille dans le royaume suédois : après quatre siècles d’union, l’Église se sépare de l’État. Quatre ans plus tard, l’atmosphère commence à se tendre dans la péninsule scandinave. L’affaire du foulard, qui a fait grand bruit en France, s’étend à la Norvège. Ce sont les violentes réactions à la publication des caricatures de Mahomet qui ébranlent un Danemark incrédule. La Cour européenne des droits de l’homme condamne la Norvège pour le non-respect de l’égalité des religions dans le système scolaire. Le 8 mars 2009, la polémiste syro-norvégienne Sara Mats Azmeh Rasmussen brûle un hijab à Oslo lors de la Journée internationale des droits de la femme et, en 2012, l’Église norvégienne se sépare de l’État. En 2018, le Danemark interdit les vêtements couvrant le visage, alors que la Norvège interdit le niqab et la burka dans les écoles.
Cet inventaire non exhaustif témoigne de l’intensification des débats sur la religion dans les pays nordiques. L’accélération de la laïcisation, qui se traduit notamment par la “déconfessionalisation” des institutions publiques (à savoir l’abandon progressif des références religieuses), révèle des changements importants dans ces sociétés hautement sécularisées qui, au-delà d’évidentes similitudes, adoptent des solutions diverses. Si les signes religieux sont par exemple autorisés dans la police suédoise, ils ont été récemment interdits chez leur équivalente norvégienne ; si le Danemark et l’Islande ont conservé leur Église d’État, la Norvège et la Suède ont, pour leur part, préféré les séparer. Plus...