L’Europe dispose d’un Espace d’enseignement supérieur modernisé et convergent grâce au processus de Bologne, d’un financement de la mobilité étudiante grâce au programme Erasmus mais aussi, on le sait moins, d’une cartographie multidimensionnelle des établissements d’enseignement supérieur, U-Multirank(1). Cet outil, créé, porté et financée par l’Union européenne en est aujourd’hui à sa 4ème édition.Pour autant, il ne répond encore que partiellement aux attentes des différents acteurs de l’Espace européen de l’enseignement supérieur.
U-Multirank est à l’origine le résultat d’un projet proposé par le gouvernement français dans le cadre de la présidence française du Conseil des ministres de l’Union européenne du second semestre 2008.
Suite à un appel d’offres de la Commission (2008) portant sur la faisabilité « d’un outil pluridimensionnel de classement et d’information », la conception de U-Multirank fut confiée à un consortium indépendant (CHERPA) composé de cinq structures européennes déjà spécialistes de ces sujets d’évaluation quantitative, dont les deux leaders sont le Center for Higher Education Policy Studies (CHEPS) néerlandais et le Center for Higher Education allemand (CHE).
Chronologie succincte d’U-Multirank
- 2009 : appel d’offre de la Commission européenne pour une étude de faisabilité.
- 2010-2011 : phase de test sur un panel de 150 universités
- 2011 : décision de la Commission de mettre en place U-Multirank et de le financer
- 2013 : naissance officielle d’U-Multirank à Dublin dans le cadre de la présidence irlandaise
- 2014 : première édition d’U-Multirank portant sur 850 établissements de 70 pays différents
- avril 2017 : quatrième édition intégrant 1 300 établissements d’enseignement supérieur (écoles et universités dont 74 sont françaises) issus de 82 pays. 57 % des établissements cartographiés sont européens, 16 % nord-américains, 18 % asiatiques et 9 % d’Océanie, d’Afrique ou d’Amérique latine.
Il s’agissait, dans l’esprit des promoteurs de cette cartographie, d’une réponse à la fois politique et technique aux classements globaux existants, ceux-ci étant souvent jugés réducteurs vis-à-vis de la diversité des établissements européens, de la variété de leur offre et de la multiplicité de leurs activités (principe de « diversité des excellences »). Il devait répondre aux besoins des établissements en termes de positionnement, à ceux des étudiants en matière d’orientation et de choix d’études et enfin à ceux des pouvoirs publics en matière de politiques d’enseignement supérieur.
La cartographie proposée par U-Multirank est ainsi réalisée à partir de cinq grandes dimensions (les Focused Institutional Rankings), soit un spectre beaucoup plus large que les autres grands classements internationaux (ARWU-Shanghaï, Leiden, THE, QS) :
– la recherche (cette dimension inclut des indicateurs bibliométriques) ;
– la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage (indicateurs d’employabilité) ;
– l’ouverture sur l’international (cette dimension comprend des indicateurs décrivant la mobilité internationale des étudiants et des enseignants) ;
– la réussite en matière de transfert et d’échange des connaissances (par exemple le consulting, les contrats passés avec les entreprises) ;
– l’insertion dans le territoire et la contribution de l’établissement à la croissance économique de celui-ci.
Le défi d’U-Multirank est de couvrir l’immense diversité du champ mondial de l’enseignement supérieur et de traiter non seulement de la recherche mais aussi de la formation et de leur impact socio-économique.
Les données utilisées par U-Multirank sont collectées auprès des établissements volontaires ou à partir de sources existantes. C’est sur la question des données que se concentrent les critiques faites à UMR et c’est ce qui explique aussi que, sur les 783 membres de l’Association des universités européennes (EUA), représentant 48 pays européens, un peu moins de la moitié d’entre eux participe activement au projet.
Une enquête de l’EUA publiée en 2015 a ainsi notamment mis en évidence :
- le caractère chronophage de la production de données par les établissements pour qu’elles soient en rapport avec les indicateurs proposés par U-Multirank,
- la difficulté à fiabiliser un ensemble de plus de 100 indicateurs en raison des différences nationales de définition, de signification, ou tout simplement de production des données.
La qualité des questionnaires renvoyés par les étudiants – vraie originalité d’U-Multirank – pose aussi problème.
Si le classement de Shanghai est contesté dans son approche exclusivement « recherche », la qualité des établissements qui figurent aux premières places de ce classement n’est pas mise en cause. Tel n’est pas toujours le cas des universités ou écoles mises en exergue par U-Multirank, ce point entretenant à chaque édition beaucoup d’interrogations sur la pertinence et la lisibilité du produit.
Conscient de ces critiques, U-Multirank s’efforce d’améliorer à chaque édition la qualité des données utilisées, notamment par une mobilisation croissante des données statistiques nationales des Etats. Plus...