« Nous ne transigeons pas avec l’intégrité »
Propos recueillis par Louise Lis. Bien que rares, les cas de méconduite scientifique entachent la réputation de la science auprès du grand public. Le président du CNRS, Alain Fuchs, nous explique comment l’organisme réagit face à ce phénomène.
Peut-on dire que les cas de fraude scientifique se sont multipliés ces dernières années ?
Alain Fuchs : Je réserve pour ma part le terme de « fraude » scientifique à une situation dans laquelle un chercheur a inventé un résultat de toutes pièces. Même si elles existent, ces pratiques, véritables tentatives d’assassinat de la science, sont fort heureusement très rares. C’est pourquoi je préfère recourir au terme de « méconduite scientifique ». Le terme recouvre des pratiques diverses. Il peut s’agir d’omission d’une partie des résultats, d’embellissement des résultats, de mauvaises présentations de figures, etc. Ce peut être de ne pas avoir suffisamment testé la reproductibilité de ces résultats, sous prétexte que c’est long, que c’est cher, que l’on veut publier tout de suite. Ou alors prétendre qu’on les a reproduits alors que ce n’est pas le cas. La méconduite peut également être liée aux figures, qui peuvent avoir été retravaillées, avec un logiciel type Photoshop par exemple quand il s’agit de photos. Ce sont autant de mauvaises manières qu’il faut identifier et traquer. Est-ce courant ? C’est très difficile à dire… Pour notre part, le nombre de cas ne dépasse pas une dizaine par an, alors qu’en 2014 plus de 40 000 publications ont porté la signature CNRS. C’est à cette aune-là qu’il faut tenter d’évaluer l’étendue des cas de méconduite scientifique.
Télécharger le guide « Promouvoir une recherche intègre et responsable », Comité d’éthique du CNRS, juillet 2014, 44 p.