Rapport d'information déposé par la Commission des Affaires Européennes sur l’emploi des jeunes en Europe
Rapport d'information déposé par la Commission des Affaires Européennes sur l’emploi des jeunes en Europe, présenté par Philip Cordery
Le chômage des jeunes est sans aucun doute l’un des problèmes les plus cruciaux auxquels l’Union européenne et ses pays membres ont à trouver une solution dans des délais rapides. Nous devons, plus que jamais après les évènements qui ont touchés notre pays en janvier 2015, garder à l’esprit l’importance du rôle de structuration sociale de l’emploi pour éviter que la jeunesse en déshérence devienne la proie de tous les fanatismes. La jeunesse a besoin de nous comme nous avons besoin d’elle, car il n’y pas d’avenir ni pour notre pays ni pour notre continent sans les jeunes. Faisons ainsi notre cette belle phrase de François Mitterrand, prononcée devant l’Assemblée lors des évènements de 1968 : « Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. »
Suite à la crise de 2008, l’économie européenne a subi en 2009 un recul sans précédent, son PIB se contractant de 4,5 %. Le répit de l’année 2010 s’est avéré de courte durée, et, 2011 et 2012 ont à nouveau été marqués par de fortes difficultés économiques ; derrière ces moyennes, certains États membres ont été peu touchés, d’autres l’ont été dramatiquement.
Les effets de la crise ont été nombreux ; en dépit d’une certaine stabilisation dans le secteur financier, l’accès au financement est demeuré limité, notamment pour les PME. Les taux de chômage et de pauvreté se sont envolés, passant de 7,1 % en 2008 à 10 % en octobre 2014, le chômage de longue durée augmentant de son côté de 2,6 % en 2008 à 4,7 % en 2012, tandis que plus de 120 millions de personnes sont menacées dans l’Union de pauvreté ou d’exclusion sociale. Ces effets ont, malheureusement, été largement amplifiés par les politiques d’austérité menées à l’échelle européenne.
La situation du chômage varie toutefois sensiblement d’un pays à l’autre –les taux de chômage s’établissant en 2013 de 5 % en Autriche à 27 ,6 % en Grèce – ainsi qu’en fonction des catégories de la population.
Les jeunes, et notamment les moins qualifiés d’entre eux, ont ainsi payé un très fort tribut à la crise, servant de variable d’ajustement à un marché du travail déstabilisé et fortement marqué par les inégalités entre « insiders », bénéficiant d’un emploi stable et de qualité, et « outsiders », occupant des emplois précaires ou au chômage. Ils ont été parmi les plus touchés, et ce de manière extrêmement préoccupante. Aujourd’hui, dans notre pays, 22,9 % des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage ; ce taux varie de 7,7 % à 58,3 % dans l’Union.
À l’échelle de l’Union, le taux de chômage des jeunes représente plus du double de celui des adultes, soit 21,9 % contre 10,3 % au deuxième trimestre 2014. Par ailleurs, alors que les jeunes rencontrent plus de difficultés que les autres catégories de la population à s’insérer sur le marché du travail – l’entrée sur le marché du travail étant pour eux un moment décisif – ils doivent se contenter plus que les autres d’emplois de moindre qualité et moins stables : en 2012, 42 % des jeunes salariés travaillaient dans le cadre d’un contrat temporaire (soit quatre fois plus que les adultes) tandis que 32 % travaillaient à temps partiel (soit près de deux fois plus que les adultes). Le risque est celui de la résignation… 12,6 % des jeunes inactifs souhaitaient travailler mais ne cherchaient pas d’emploi au troisième trimestre 2012, tandis qu’en 2011, 12,9 % des jeunes étaient sans emploi et ne suivaient ni études, ni formation.
Or, deux millions d’emploi sont vacants dans l’Union européenne. Au-delà de cet apparent paradoxe apparait en filigrane l’importance de l’inadéquation des compétences et des besoins du marché du travail. Une des pistes suggérées par l’Union, et que nous devons envisager avec le plus grand intérêt, réside dans la promotion de l’apprentissage. Mais ce n’est pas la seule : la mobilisation pour l’emploi de jeunes passe aussi par la facilitation de la mobilité ainsi que par l’amélioration de la règlementation sur les stages. Des efforts soutenus et importants à destination des décrocheurs, population particulièrement fragile et qui nécessite un accompagnement ciblé, sont en outre absolument nécessaires : ils sont 14 millions de NEET de moins de 29 ans dans l’Union, c’est-à-dire de jeunes qui ne sont ni dans l’emploi, ni en formation, ni en cours d’étude. Enfin, nous devons tout mettre en œuvre pour accompagner les jeunes dans la création d’entreprise et pour simplifier les démarches administratives.
Longtemps négligée par les politiques européennes, la question de l’emploi des jeunes est fort heureusement, et sous l’impulsion de la France, devenue un sujet à part et à part entière des politiques sociales européennes. Depuis décembre 2012 et le Paquet emploi jeunes, l’Europe se mobilise pour les jeunes, notamment à travers la Garantie pour la Jeunesse et l’Initiative pour l’emploi des jeunes.
De son côté, le Gouvernement français met tout en œuvre pour lutter contre le fléau du chômage des jeunes, que ce soit via des mesures nationales ou en faisant en sorte de maximiser les opportunités liées aux politiques mises en œuvre à l’échelle de l’Union. La Garantie Jeunes, expérimentée en 2014 dans dix départements, se développera ainsi en 2015 pour proposer un accompagnement renforcé vers l’emploi à près de 50 000 jeunes de 18 à 25 ans en situation de précarité, en leur versant une allocation d’un montant équivalent au revenu de solidarité active (RSA), représentant un effort financier de 100 millions d’euros par rapport à 2014. Ce dispositif comporte aussi un accompagnement renforcé vers la formation et l’emploi qui pourra concerner, à l’horizon de 2017, près de 100 000 jeunes. De plus, les emplois d’avenir et le contrat de génération, dont le lancement a fait partie des projets structurants du début du quinquennat, seront également pérennisés et consolidés en 2015.
Après avoir auditionné un grand nombre de personnalités qualifiées, et s’être rendu à l’étranger – en Espagne, pays gravement touché par le chômage des jeunes, mais aussi en Finlande et en Autriche, afin de comprendre les recettes de leurs succès – il apparaît qu’aucune recette miracle ne s’impose pour lutter contre le chômage des jeunes, mais que c’est bien la convergence de tous nos efforts, à l’échelle nationale et européenne, qui pourra nous permettre d’emporter des succès en la matière. Voir l'article...
