Universités françaises - tout ne va pas si mal
Par Jean-Marc Rapp, Prof. Université de Lausanne. Édité par Hélène Decommer, Auteur parrainé par Francois Garçon. Avis aux pessimistes et aux opposants à l'autonomie des universités: Jean-Marc Rapp, ancien président de l'Association Européenne de l'Université, dresse un bilan plutôt positif de l'évolution de nos facultés ces dernières années. Il salue notamment les investissements réalisés par le gouvernement Fillon.
Pour un observateur extérieur, un des traits les plus frappants des récentes campagnes présidentielle et législative françaises fut la quasi absence des thématiques liées à l’enseignement supérieur et à la recherche dans les débats politiques et les médias. Serait-ce que les choix effectués dans ce domaine sont rarement propres à faire perdre ou gagner une élection générale? Ils sont pourtant capitaux pour la santé économique, sociale et culturelle d’un pays. Les quelques réflexions qui suivent à ce sujet sont alimentées par l’expérience que j’ai accumulée notamment à la tête de l’Association Européenne des Universités (EUA, 850 établissements individuels, 35 conférences nationales).
L'autonomie des universités, facteur d'efficacité
Un point sur l’autonomie des universités, d’abord. Loin de constituer une simple revendication des représentants du monde académique ou un élément de débat idéologique, cette autonomie est un facteur d’efficacité de l’action publique. Il est en effet démontré que plus un établissement universitaire est autonome, plus ses performances sont élevées, dans le domaine de la recherche en tout cas [Aghion/Dewatripont/Hoxby/Mas-Colell & Sapir, 2008.]. Autrement dit, plus les universités sont autonomes, meilleur est le "retour sur investissement" de la collectivité. De ce point de vue, la réforme introduite par la loi LRU du 10 août 2007 doit être saluée car elle a apporté des améliorations très sensibles à un système universitaire qui paraissait jusqu’alors irréformable au vu des échecs antérieurs.
Encore des handicaps face aux pays voisins
Pour très positive qu’elle soit, cette réforme doit encore être élargie à la lumière des résultats d’une récente étude de l’EUA sur l’état actuel de l’autonomie des établissements universitaires dans 28 pays européens, dont la France ["University Autonomy in Europe II – The Scorecard", disponible ici: www.eua.be]. Selon cette étude, qui distingue les aspects organisationnels, financiers, de ressources humaines et de politique académique, la France se situe entre le 16e et le 28e rang selon les cas. Si les limites assignées à cet article ne permettent pas une analyse approfondie, relevons tout de même, parmi d’autres, deux caractéristiques du système français qui sont autant de handicaps en comparaison internationale. La première tient au secteur du recrutement du personnel académique, où les contraintes imposées aux universités françaises en terme de recrutement, promotion, conditions d’emploi, évaluations, etc, sont encore beaucoup plus fortes que dans la majorité des pays, sans que cela ne paraisse lié à des choix de nature idéologique: les pays nordiques ou la Suisse partagent avec la France une vision très semblable en matière d’accès aux universités ou de financement public du système, mais laissent dans une très large mesure la politique de ressources humaines aux mains de leurs établissements. Le second domaine caractéristique paraît être celui de l’assurance ou du contrôle qualité. Les établissements d’enseignement supérieur français subissent par exemple toujours, au niveau des offres de programmes de formation, un système d’habilitation préalable, ce qui contraste avec la liberté d’expérimentation de la plupart de leurs concurrents européens. En d’autres termes, la logique d’un système véritablement fondé sur l’autonomie serait de faire confiance au préalable, et de procéder à l’évaluation ex post et non ex ante.
Des efforts importants sur le financement
Le second point méritant que l’on s’y arrête est le financement. Là également, il faut saluer les efforts très importants faits ces dernières années par le gouvernement français de François Fillon, qui a procédé à des investissements significatifs en dépit de circonstances économiques difficiles. L’observatoire des financements publics des universités européennes, mis en place par l’EUA montre que de 2008 à 2011, la France est un des rares pays, avec l’Allemagne, la Norvège et la Finlande, à avoir maintenu et même augmenté les moyens investis dans son système de recherche et d’éducation supérieure. Certes, le niveau de financement de départ en France était – et reste – inférieur à celui des pays comparables les mieux dotés. En particulier, l’investissement français moyen par étudiant est sans doute encore trop faible par rapport à d’autres. Il n’en demeure pas moins que les décisions prises ces dernières années l’ont été dans la bonne direction, tant il est vrai que l’argent consacré au secteur de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation est un véritable investissement, riche de promesses pour le développement économique et social d’un pays. On ne connaît guère de responsables politiques en Europe qui n’aient dit autre chose, mais on en connaît peu qui aient joint l’acte à la parole ces dernières années…
Ces évolutions favorables vont-elles se poursuivre? Il faut vivement l’espérer, car le domaine vital de l’enseignement supérieur et de la recherche implique une vision continue et à long terme, des actions durables, les moins dépendantes possible des à-coups de la vie politique.
Une telle approche, semblable à celle que l’on appelle aux États-Unis le "bipartisan support", sera-t-elle suivie en France? C’est tout ce que, ami fidèle de ce pays, je souhaite.
Με τον Jean-Marc Rapp, Καθηγητής Πανεπιστήμιο της Λωζάννης. Επιμέλεια: Ελένη DECOMMER, υπό την αιγίδα Συγγραφέας Φρανσουά αγόρι. Ειδοποίηση για απαισιόδοξοι και οι επικριτές της την αυτονομία των πανεπιστημίων: τον Jean-Marc Rapp, πρώην πρόεδρος της Ευρωπαϊκής Ένωσης του Πανεπιστημίου, σκιαγραφεί μια μάλλον θετική εξέλιξη των σχολών μας τα τελευταία χρόνια. Χαιρετίζει ιδιαίτερα τις επενδύσεις που γίνονται από την κυβέρνηση Φιγιόν. Περισσότερα...