Anniversaire - 10 ans de VAE
Par Alain Ridard, Nicolas Boisard et Claire Gabbaï, Carif-Oref. Le 17 janvier dernier, dix ans jour pour jour après la promulgation de la loi instituant la Validation des acquis de l’expérience (VAE), 240 personnes se sont retrouvées à Angers en présence de Jean Daubigny, préfet de région et de Jean-Philippe Magnen, vice-président du Conseil régional pour faire le point sur le dispositif et tracer quelques perspectives.
Vincent Merle, Professeur au Cnam et directeur de cabinet de Nicole Péry, secrétaire d’État à la formation professionnelle en 2002, rappelle cette spécificité très française qui est que le diplôme obtenu à 20 ans pèsera tout au long de la destinée professionnelle d’une personne. En effet, contrairement à d’autres pays, notamment anglo-saxons, il est un étendard que l’on mettra en avant pour obtenir un emploi, même après 25 ans de carrière.
La conviction des initiateurs du projet de loi était qu’il y avait d’autres manières d’acquérir des compétences et que les accidents qui avaient pu marquer une vie scolaire devaient pouvoir être gommés par les réussites de la vie professionnelle et de la vie personnelle.
« Un diplôme, un titre, précise Vincent Merle, ce n’est pas que la sanction d’un parcours de formation, ce n’est pas la sommation de connaissances livresques, c’est d’abord un gage, une présomption d’aptitudes, de connaissances et de compétences. C’est un signe qu’au travers des ressources que sont les connaissances, on aboutit à des capacités à faire, qui sont des aptitudes à s’adapter à un environnement donné. C’est cela l’esprit de la VAE. ». Il pose la question des critères permettant de considérer que la VAE est une réussite. Cela ne peut pas uniquement se mesurer au nombre de certifications obtenues par la VAE. C’est d’abord et avant tout le bouleversement culturel que cela implique dans le monde de la formation qui doit être mesuré, du passage progressif d’une approche de la formation par la connaissance à la recherche des aptitudes, des compétences et des capacités de raisonnement transposables dans les situations professionnelles.
L’appropriation par l’entreprise : un enjeu pour le développement de la VAE
Pour Vincent Merle, un des indicateurs de la réussite de la mise en oeuvre de la VAE, c’est son appropriation par les entreprises et les branches professionnelles. « Quand les entreprises encourageront le dispositif VAE et qu’elles favoriseront l’idée même que la reconnaissance de la compétence est utile, qu’elles auront pris en compte le fait qu’elles n’ont pas besoin que de têtes bien faites qui sortent de l’école, qu’elles ont besoin de gens qui développent des compétences en situation de travail, qui ont l’intelligence de la situation professionnelle, alors nous aurons gagné »
Trois entreprises ligériennes, Transport Breger, Nantes Habitat, Tristone Flowtech ont pu témoigner de l’attrait que présente un tel dispositif porté par l’entreprise. Toutes ont souligné les effets de dynamisation, motivation et fidélisation de leurs salariés, induits par des opérations proposées dans un cadre collectif. Deux d’entre elles ont inscrit la VAE comme un outil de gestion et en ont fait une opération récurrente.
Dans ce cadre, Nantes Habitat a mobilisé le dispositif régional d’appui renforcé à la VAE pour les salariés en difficulté avec les savoirs de base. Ces entreprises ont pu constater que VAE et formation ne s’opposent pas, car les salariés ayant fait valider leurs acquis étaient plus souvent disposés à continuer à se former.
De son côté, Jean-François Retière, ex-correspondant régional de la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP), a fait part de l’implication forte des certificateurs pour structurer et organiser en région ce dispositif immédiatement après sa création. Il explique comment l’intelligence collective des pionniers a su garantir une certaine cohérence des dispositifs alors que la loi laissait des marges de manoeuvre. Enfin, Alex Lainé (voir ci-contre) rappelle que la VAE reste un dispositif exigeant, car il opère un retour sur soi. C’est une obligation d’élucidation de « tout ce que l’on sait faire sans savoir que l’on sait le faire », qui nécessite de se faire accompagner. Mais cela a aussi pour effet de produire une fierté, une confiance en soi, une satisfaction personnelle et une augmentation du pouvoir d’agir.
Un dispositif de continuité professionnelle
L’obtention d’une certification partielle est souvent ressentie par les candidats comme un échec. Or, bien au contraire, elle est l’affirmation d’une reconnaissance de compétences, mais qui ne peut être totale parce que le parcours professionnel n’a pas permis aux candidats de se mettre en situation d’acquérir toutes les compétences attendues. Cela nécessite de pouvoir acquérir par l’expérience ou par la voie formative les compétences manquantes.
Deux expériences présentées lors de cette journée permettent de tracer des pistes pour favoriser les démarches des candidats vers la certification totale. La première est une initiative de la branche sanitaire et sociale mise en oeuvre par Unifaf qui permet aux candidats, sur la base d’un diagnostic de positionnement, de bénéficier d’un accompagnement éventuellement formatif de 170 à 240 heures pour favoriser l’obtention de la certification. L’autre est une initiative du Conseil régional pour expérimenter des dispositifs de formation permettant de finaliser des parcours de formation non complets sur des diplômes d’aide-soignant et d’auxiliaire de puériculture.
En conclusion, Jean-Philippe Magnen relève que cette journée extrêmement enrichissante permet de montrer qu’au-delà de la certification, c’est une évolution considérable qui est en cours pour placer la compétence au coeur de l’action de formation. La voie est tracée, mais il reste encore du chemin pour ancrer la VAE comme dispositif de continuité professionnelle.
Quelques chiffres POUR LA VAE dans les PAYS DE LA LOIRE
- 9 000 passages en jury depuis 2005 en progression constante (1 800 en 2010)
- 91,3 % des personnes passant en jury en 2010 ont obtenu une certification totale ou partielle
- 85 % des certifications visées par VAE en 2010 concernent des niveaux III, IV ou V.
« Je ne savais pas que je faisais tout cela »
Alex Lainé (conseiller pédagogique, Ministère de la jeunesse et des sports) analyse les effets induits par l’accompagnement au cours de la procédure de VAE. Il place ces effets sous le signe de l’augmentation: « Augmentation de la connaissance de soi, de l’estime de soi, du rapport au savoir et du pouvoir d’agir ». Que l’accompagnement soit réalisé en individuel ou en collectif, mais plus particulièrement en collectif, il permet à l’individu de se découvrir lui-même au travers de ses activités et des compétences associées.
Le travail de mémoire se démultiplie. Plus riche en collectif, la mémoire des uns entraîne la mémoire des autres et permet la prise de conscience d’activités réalisées sans les avoir réellement identifiées: « Je ne savais pas que je faisais tout cela ». L’exposé d’expériences professionnelles, bénévoles, du champ du métier ou de celui des loisirs fait apparaître un fil rouge révélateur du parcours de l’individu. De même, l’accompagnement est un facteur favorisant la reconnaissance de soi par soi-même et par les autres s’il est partagé. L’écoute attentive de l’accompagnant qui manifeste de l’intérêt permet le sentiment de reconnaissance et de valorisation. De plus, les questionnements de l’écoutant permettent l’évaluation de la qualité des activités et des compétences déployées. Des expériences considérées comme banales, neutres bénéficient de la valeur reconnue par l’autre. L’image de soi en est augmentée.
Enfin, « La compétence ne sort pas indemne du processus d’accompagnement ». L’explicitation des activités sert la compétence et impacte les pratiques ultérieures.
En savoir plus
Les 10 ans de la VAE - Dossier documentaire
Dossier documentaire en ligne sur www.cariforef-pdl.org/S’informer se documenter/Sélections documentaires/Bibliographies.
Voir aussi Retour sur les 10 ans de la VAE en Pays de la Loire, VAE - 10 ans - le 17 janvier 2012, La VAE dans les établissements d'enseignement supérieur en 2010.
By Alain Ridard, Nicolas and Claire Boisard Gabbai, CARIF-OREF. On January 17, ten years to the day after the promulgation of the law establishing the Accreditation of prior learning (APL), 240 people gathered in Angers in the presence of Jean Daubigny, Regional Prefect and Jean-Philippe Magnen, vice president of the Regional Council to take stock of the device and draw some perspectives.
Merle Vincent, Professor at CNAM and chief of staff Nicole Pery, Secretary of State for Vocational Training in 2002, recalled that French is very specific that the degree earned at age 20 weighed throughout the destiny of a professional person. Indeed, unlike other countries, especially Anglo-Saxon, it is a standard that we put forward to get a job, even after 25-year career.
The conviction of the initiators of the bill was that there were other ways to acquire skills and that accidents were able to score a school life would be erased by the successes of working life and personal life. More...