11 février 2012
Peut-on classer les universités en fonction de leur performance d'insertion?
Peut-on classer les universités en fonction de leur performance d'insertion?, Jean Bourdon, Jean-François Giret et Mathieu Goudard. Accéder au document: Peut-on classer les universités en fonction de leur performance.
Résumé
Afin de mesurer la qualité de l'insertion de leurs diplômés, la très grande majorité des universités a développé un système d'observation régulier de l'insertion de leurs étudiants. Plus récemment, sous l'impulsion du MESR, une enquête commune à plus de 70 établissements a été réalisée sur les diplômés de master. Si l'objectif était de proposer aux étudiants une information nécessaire sur leurs débouchés professionnels, est apparue rapidement la tentation de classer les universités en fonction de leur "performance" d'insertion. Le travail proposé dans cet article se veut une contribution à la réflexion sur la pertinence d'une telle mesure à partir des enquêtes existantes. Dans une première partie, nous nous proposons de revenir sur le classement des universités présenté dans les premiers résultats publiés par le Ministère à partir de l'enquête Master 2007. Nous montrons que le poids des effets de structure et des effets régionaux du marché du travail influencent largement ce classement. Dans une seconde partie, nous nous proposons de discuter de la mesure des effets établissements sur l’insertion professionnelle à partir de la littérature existante notamment en économie de l’éducation. Comme on pourra le voir, il apparaît souvent difficile de mettre en évidence des effets nets liés aux établissements, notamment lorsque l’on tient compte des caractéristiques individuelles des étudiants au sein de ces établissements. Enfin, dans une troisième partie, à partir des données de l’enquête Génération 2004 du Céreq sur les sortants des universités, mais également des écoles d’ingénieurs, nous proposons de mesurer l'effet spécifique des établissements sur les salaires des diplômés, en contrôlant les caractéristiques individuelles des étudiants et celles de leur marché local du travail. Pour les différents types d’établissement d’enseignement supérieur, nous montrons que l’effet "établissement" est en général faible ou inexistant : la plus grande partie de la variance des salaires, quelle que soit la formation, est expliquée par des caractéristiques individuelles des diplômés et par la conjoncture sur le marché local du travail où la majorité d’entre eux s’insère. De plus, lorsqu'ils existent, une partie des effets établissements pour les universités s'explique par la part des boursiers sur critères sociaux dans l'établissement, qui a toujours un effet significatif et négatif sur la rémunération des diplômés.
5. Conclusion
Ce travail avait pour objectif de proposer quelques éléments de réflexion concernant la mesure de l’effet propre que pouvaient avoir les établissements d’enseignement supérieur sur l’insertion de leurs diplômés. Le classement proposé dans l’enquête Master 2007 du Ministère a conduit à classer les établissements selon leur performance d’insertion supposée. La prise en compte des effets de structure liés à la composition des établissements et à la territorialisation des établissements conduit à remettre en question la pertinence du critère d’insertion retenu et surtout le classement qui a été publié.
Une autre manière de travailler sur des effets établissement est de proposer des analyses multi-niveaux en tenant compte des caractéristiques des individus et des établissements. Nos résultats issus de l’enquête Génération 2004 montrent que cet effet propre est en général faible: la plus grande partie de la variance des salaires, quelle que soit la formation, est expliquée par des variables individuelles. Quelques variables liées aux établissements ont cependant un effet sur la rémunération de leurs diplômés: le niveau de sélection à l’entrée pour les écoles d’ingénieur, la part d’enseignement chercheur pour les IUT ou la part d’autofinancement pour les universités. De plus, pour les universités, la part des boursiers sur critères sociaux à toujours un effet significatif et négatif sur l’insertion, ce qui montre l’importance pour les établissements de créer du capital social lorsque leurs diplômés n’en disposent pas. Au total, notre travail confirme l’extrême difficulté à évaluer les établissements en fonction de leur performance d’insertion professionnelle: les effets spécifiques aux universités sont extrêmement faibles même si l’analyse que nous avons proposée n’est pas exempte de critiques. Il serait surtout souhaitable de refaire ce travail à partir des données individuelles de l’enquête Master 2007 du MESR, qui permettrait de travailler sur un échantillon beaucoup plus représentatif et homogène au niveau des établissements. On pourrait ainsi tester la pertinence des effets établissements tels qu’ils ont été publiés.
Ces enjeux de la mesure comparée des universités face à l’insertion restent largement liés à l’incertitude entre moyens et résultats dans toute évaluation d’un système éducatif. On souhaiterait des réponses sans ambigüité, du type: tels moyens engagés, donc tels résultats obtenus. Rien n’est pourtant simple, il faut relativiser; on retrouve sous d’autres formes l'expérience des indicateurs de résultats des lycées en France. Ces indicateurs de résultats des lycées, au baccalauréat, possèdent à l’usage une double fonction: rendre compte des résultats du service d'éducation et fournir des éléments pour aider à en accroître l'efficacité.
Ce constat pose la question de l’équilibre entre le critère d'efficacité et celui de justice tel qu'il a été défini par Crahay (2000). Comme pour les lycées, on peut penser que l’établissement supérieur qui doit être mis en avant n’est pas celui où le taux d’insertion est favorable dans l’absolu pour une spécialité, mais celui où un étudiant de cette spécialité se verra mieux inséré sur le marché du travail compte tenu de ce à quoi il aurait dû s’attendre en fonction des ses origines socio familiales, de ses performances antérieures et de son auto estime.
Môžeme zaradiť univerzít podľa ich výkonnosti vloženie?, Jean Bourdon, Jean-François Mathieu Giret a Goudard. Prístup k dokumentu: Môžeme zaradiť univerzít podľa ich výkonnosti.
Zhrnutie
Pre meranie kvality integrácie ich absolventov, drvivá väčšina univerzít vyvinula systém pravidelného monitorovania vložením svojich študentov. Viac nedávno, vedený MOR, spoločné vyšetrovanie s viac ako 70 inštitúcií bola vykonaná na absolventov majstra. Ak cieľom bolo ponúknuť študentom potrebné informácie o ich profesijné vyhliadky, objavil sa rýchlo univerzity pokušeniu radí podľa ich "výkon" vložky. Práce navrhuje v tomto dokumente je príspevkom k diskusii o význame takéhoto opatrenia z existujúcich zisťovaní. V prvej časti, máme v úmysle vrátiť sa do rebríčkov univerzít uvedeným v prvých výsledkov publikovaných ministerstvom od roku 2007 prieskum Master. Ukázali sme, že hmotnosť štrukturálne dopady a regionálnych vplyvov na trhu práce silne ovplyvní túto klasifikáciu. Viac...
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