Les compétences, individuelles ou collectives ?
Par Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA. L’ordre où il y avait place pour de la non qualification à côté de la qualification dans un même processus de production ou de services est déstabilisé. Dans de nombreuses activités, l’échange et l’inter-action l’emportent sur le cloisonnement rigide. Mais «pour qu’il y ait coopération horizontale et/ou verticale, il est nécessaire qu’il y ait assurance de son propre professionnalisme. Donc il est nécessaire de qualifier les postes, les tâches, les fonctions de ces opérateurs «de base». La qualification passe par une double action : élever les compétences (et les savoirs attachés) et reconnaître ces compétences (et les savoirs)» (François Beaujolin, Vers une organisation apprenante, collection Entreprise & Carrières, Editions LIAISONS, 2001).Il est aujourd’hui nécessaire de consolider dans les entreprises les démarches permettant d’identifier la nature et la répartition des savoirs professionnels qui se construisent dans le travail et qui sortent des cadres académiques. « (…) c’est en s’engouffrant dans les zones d’incertitudes, nées des limites du savoir (et donc d’une certaine forme de pouvoir) de la hiérarchie, que les ouvriers construisent cette « organisation clandestine » nécessaire au fonctionnement optimum des installations. » (Bernard Gangloff « L’autorité et le pouvoir » in Jean Luc Bernaud et Claude Lemoine, Traité de psychologie du travail et des organisations, Dunod, 2000). L’intelligence collective des entreprises est trop souvent sous-estimée ou sous-utilisée (la faible reconnaissance de l’usage des TIC par les salariés illustre ce constat) et entraîne une minoration des ressources formatives internes. Par ailleurs le non renouvellement des critères collectifs de la qualification professionnelle et la fuite en avant dans une approche essentiellement individualisée des compétences professionnelles fait obstacle à une optimisation de cette intelligence collective.
Compétences individuelles et performance collective deviennent des concepts clé pour penser le travail et ses évolutions. Par exemple l’organisation « à l’ancienne » d’une partie des fonctions de conception s’avère de plus en plus en décalage avec les processus d’innovation de terrain : « Au siège, il arrive même qu’on fasse des plans sur des modifications déjà faites dans la pratique ! Et pourtant ce travail est invisible d’en haut et même méprisé. » (Yves Clot, Le travail sans l’homme ? Paris, La découverte/poche, 1998) Cette posture d’une grande partie des cadres et des ingénieurs mais aussi des milieux de la recherche ne facilite pas les travaux visant à objectiver l’enrichissement des compétences des fonctions considérées comme « subalternes ».
By Paul Santelmann, Head of Forecasting at AFPA. The order where there was room for the next non-qualification of the qualification in the same production process or service is disrupted. In many activities, exchange and inter-action outweigh the rigid partitioning. But "for there to be cooperation horizontal and vertical, it is necessary to have assurance of his own professionalism. So it is necessary to characterize the positions, tasks, functions of these operators 'core'. The qualification requires a double action: raising the skills (and knowledge attached) and recognition of these skills (and knowledge)". More...