ESR enseignementsup-recherche gouv fr3. Communiquer plus efficacement
L’objectif de la communication dans le lien formation continue-recherche est de décloisonner les mondes académiques et socio-économiques.
En effet, si ce décloisonnement se fait de manière quasi naturelle dans le cadre de l’alternance, ou encore de la réalisation de stages en formation initiale, il ne va pas de soi dans l’ensemble des activités que recouvre la formation continue.
Ce constat est fortement lié à une vision largement partagée et légitime, mais néanmoins restrictive, de la formation continue qui consiste à la définir prioritairement par la formation des adultes en reprises d’études, en transition ou en reconversion professionnelle.
Or, la formation continue universitaire recouvre aussi les actions de niche, qui permettent de répondre, par la formation (actions courtes et qualifiantes, construites sur-mesure), à des problématiques complexes, techniques ou spécifiques d’une entreprise.
Elle comprend enfin les dispositifs favorisant la montée en compétences des salariés qui sont concernés par le volet R&D de leur entreprise.
L'ensemble de ce volet d’activités est rappelé dans le rapport Germinet et se trouve d’autant plus actuel qu’il est encouragé dans le cadre de la dernière loi qui impacte la formation professionnelle.
Il conviendrait d'en faire l’objet d’une communication ciblée.
a. Constats
Pour rappel, la loi n°2018-771 "Pour la liberté de choisir son avenir professionnel" a dessiné quatre marchés :
o L’alternance,
o Les particuliers au travers du CPF monétarisé mobilisable via une application,
o Les formations à destination des TPE et PME, régulées par les OPCO,
o Le marché des grandes entreprises au travers du plan de développement des compétences.
Les actions de formation continue adossées à la recherche devront, elles aussi, s’intégrer à ce nouvel environnement tout en allant rechercher d’autres modalités de financement, notamment par le biais du plan de développement des compétences (marché libre des entreprises).
Cependant, force est de constater que beaucoup d’entreprises méconnaissent souvent le potentiel de recherche des universités, ainsi que la possibilité d'y recourir pour mettre en place des actions de formation dans le cadre de la montée en compétences de leurs collaborateurs.
Quelques entretiens réalisés avec de grands groupes révèlent que ces derniers n’ont pas de visibilité sur les thématiques de recherche, les activités des laboratoires ou encore les équipements et plateaux techniques disponibles dans les établissements de leur territoire.
Très souvent, ils ignorent également les partenariats scientifiques que l'université, ou les universités, de leur territoire entretient avec des organismes internationaux.
Cette situation résulte pour beaucoup d’un déficit de communication à l’encontre des entreprises concernant le potentiel qu’un établissement de l'enseignement supérieur peut offrir, notamment en matière d’expertise scientifique et/ou pluridisciplinaire.
Il conviendrait donc d’occuper l’espace médiatique (réseaux sociaux, blogs, articles ouverts type The Conversation) pour faire connaitre les activités de recherche des EPSCP.
b. Exemples
A titre d’exemple, l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) a développé un projet de formation continue adossée à la recherche à destination des cadres de l’entreprise Enedis portant sur "l’acceptabilité sociétale d’un compteur connecté". Pour valoriser le projet, une vidéo promotionnelle a été mise en ligne sur le site web de l’UPEC et relayée par les réseaux sociaux.
A l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEM), un laboratoire a ouvert son colloque de recherche à des entreprises et des salariés ont pu y participer.
On pourrait très bien imaginer que, par la suite, les entreprises ayant participé à ce type d'évènement puissent s'appuyer sur cette expérience pour proposer des programmes de formation auprès de leurs personnels et répondre ainsi à l'obligation réglementaire pour laquelle des fonds dédiés sont neutralisés, soit par l’entreprise elle-même soit auprès d’un tiers payeur.
c. Propositions
1) Etablir un catalogue des expertises et communiquer les contacts des chercheurs
Pour communiquer mieux et davantage, des outils faciles à élaborer peuvent être mis en place, à l’instar d’un catalogue regroupant l’ensemble des expertises scientifiques disponibles et leurs chercheurs.
Une personnalisation des thématiques de recherche par le biais de portraits de chercheurs, par exemple, ainsi que la mise à disposition de contacts et de coordonnées seraient à envisager afin de mieux incarner les recherches menées au sein des établissements.
Le service formation continue pourrait ensuite s’emparer de cette ressource dans sa démarche de prospection des entreprises, pour favoriser la co-construction de projets formation continue / Recherche / Entreprise.
2) Organiser des visites de laboratoires et des plateaux techniques
Des visites de laboratoires, à destination des entreprises, permettraient de faciliter les liens entre les parties prenantes.
Ainsi, les entreprises auraient la possibilité de se projeter sur les opportunités de formation pour leurs collaborateurs par l'intermédiaire d’un laboratoire.
Une visite de laboratoire permettrait non seulement de présenter les derniers travaux à la pointe en matière de recherche, mais aussi les équipements utilisés.
En sciences humaines et sociales, où les équipements sont d’une autre nature, la démonstration des possibilités gagnerait en visibilité par l’organisation de journées d’études avec et pour les entreprises par exemple.
Dans cette démarche, il semblerait pertinent d’ouvrir une partie des colloques et des journées scientifiques organisées dans les établissements aux partenaires socio-économiques.
3) Consolider les équipes de formation continue et de recherche par des profils de type ingénieur d’affaires
Une réflexion doit être menée sur les nouvelles compétences dont un établissement doit disposer pour renforcer le lien avec la recherche et la formation continue.
Cette réflexion n’est pas sans impact sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). En effet, les compétences recherchées ici sont spécifiques et sortent des cadres habituels formalisés par les emploi-types.
Renforcer le lien formation continue-recherche nécessite de maitriser les deux activités et recoure à des compétences de type technico-commercial de haut niveau, se doter d’ingénieur d’affaires/marketing pourrait y contribuer.
Ce rôle d’interface est indispensable pour fluidifier le lien formation continue-recherche, étant donné que celui-ci ne se fait pas naturellement par les chercheurs eux-mêmes.
Les ingénieurs d’affaires auraient pour vocation de promouvoir la recherche et sa transférabilité dans les entreprises, par le biais d’actions de formation à haute valeur ajoutée.
Ce faisant, ils revêtent aussi une fonction d’ambassadeurs de la recherche.
4) Se greffer sur les évènements et les canaux de communication déjà existants
Au niveau national, de grands évènements permettent de mettre en lumière des domaines ou des activités spécifiques, à l’instar de Sciences en Fête, de la semaine de l’Industrie, du salon de l’Agriculture, des grands salons professionnels par grand domaine d’activité.
Au travers de ces évènements, qui bénéficient d’un fort portage médiatique et de nombreux relais communicationnels (médias, réseaux sociaux), les activités de recherche des EPSCP trouveraient un terrain de valorisation favorable.
De plus, les nombreux salons spécialisés ou généralistes constituent également des opportunités de valorisation d’actions de formation continue en lien avec la recherche en raison de la présence de partenaires socio-économiques sur place. Les établissements pourraient saisir ces occasions pour se rendre visibles lors de tribunes, sessions ou conférences spécifiques.
Il conviendrait alors de capitaliser et de mutualiser sur ces dynamiques pour promouvoir la recherche et la possibilité d’accéder à des formations qui y sont adossées.
5) Largement communiquer sur les exemples réussis
Enfin, on ne le dira jamais assez, mais il est impératif de communiquer largement sur les opérations couronnées de succès.
Une formation, de haut niveau, mise en place sur mesure pour une entreprise qui s’est bien déroulée, doit être connue, diffusée et appropriée par tous les acteurs qui y ont participé.
Faire témoigner les enseignants, les clients, les ingénieurs de formation impliqués permettrait d’incarner l’action et de faciliter, ainsi, la projection pour d’autres potentiels clients.
A titre d’exemple, le story telling est un formidable vecteur de valorisation des acteurs impliqués dans la construction des projets.
Télécharger le guide La formation continue dans les établissements de l’enseignement supérieur - Propositions de leviers pour valoriser le lien entre la recherche et la formation professionnelle continue. Plus...