Par Isabelle Bensidoun, Aude Sztulman. Le marché du travail égyptien a connu, au cours des deux dernières décennies, des mutations importantes que les revendications sociales de la révolution de janvier 2011 ont mises au jour. Parmi elles, le manque de sécurité des emplois et la faible couverture sociale qui leur est associée ont été particulièrement dénoncés. Aussi l’objectif de ce travail est-il de présenter un panorama de l’emploi en Égypte, en s’intéressant en particulier à l’évolution de l’emploi informel. À cette fin, les données individuelles issues d’enquêtes sur les ménages représentatives au niveau national et disponibles pour trois années (1998, 2006 et 2012) seront mobilisées. Les analyses descriptive et économétrique montrent que le désengagement de l’État en tant que pourvoyeur d’emplois a été particulièrement marqué sur cette période. Dans le même temps, son absence d’engagement à faire respecter la législation du travail dans le secteur privé s’est traduit par une progression  significative de l’emploi informel. Ce dernier touche particulièrement les hommes, les jeunes et les moins éduqués, bien que l’âge et l’éducation assurent, avec le temps, une protection de moins en moins efficace face à l’emploi informel. À cette absence de protection sociale de la plupart des emplois privés s’ajoute la précarité qui caractérise nombre d’entre eux.
Télécharger Égypte 1998-2012 : de l’emploi public protégé à l’emploi informel précaire, un marché du travail en déshérence.