http://www.vousnousils.fr/wp-content/themes/vousnousils_theme/images/logo-vousnousils.pngPropos recueillis par Charles Centofanti. Contrôle continu intégral à Strasbourg: "non, la Licence ne sera pas bradée!". L'université de Strasbourg (UdS) a voté, le 17 avril, le pas­sage au contrôle continu inté­gral en Licence. Une déci­sion qui signi­fie la fin des ses­sions d'examens à par­tir de la ren­trée pro­chaine pour les com­po­santes volon­taires et pour toutes en 2013. Une aubaine pour les étudiants? Entretien avec Frédérique Granet, vice-présidente en charge de la for­ma­tion à l'UdS.
Pour quelles rai­sons l'UdS a-t-elle voté l'instauration du contrôle continu inté­gral pour les trois années de Licence?
Les réflexions ont duré deux ans. Dès 2010, nous avons réflé­chi aux pistes d'amélioration pour le contrat quin­quen­nal 2013–2017. Lorsqu'on pré­pare le calen­drier uni­ver­si­taire, dans le sys­tème actuel nous sommes contraints de réser­ver les semaines néces­saires à la tenue de deux ses­sions d'examens par semestre, pour déga­ger ensuite les semaines consa­crées aux ensei­gne­ments. C'est le monde à l'envers ! Nous consta­tons aussi trop d'abandons d'étudiants, notam­ment en pre­mière année, au retour des congés de la Toussaint, avant la pre­mière ses­sion d'examens. En pas­sant au contrôle continu inté­gral, le rythme de tra­vail est plus équi­li­bré, la for­ma­tion amé­lio­rée, le sou­tien à la réus­site ren­forcé et la qua­lité de vie supérieure.
Quelles sont les dis­ci­plines concernées?

A par­tir de 2013, le contrôle continu inté­gral sera la règle pour toutes les Licences. Et sur les 38 UFR (Unités de for­ma­tion et de recherche) que compte l'UdS, une dizaine sou­haite expé­ri­men­ter le sys­tème dès sep­tembre pro­chain. C'est le cas en lettres, phi­lo­so­phie, langues, phy­sique, sciences de la vie, STAPS et de l'Ecole et obser­va­toire des sciences de la Terre (EOST). La faculté de chi­mie y songe également.
Y a-t-il eu des réti­cences et si oui lesquelles?

Certaines com­po­santes ont émis des doutes au départ. Tout chan­ge­ment impor­tant inquiète. Mais glo­ba­le­ment, une fois que l'on a expli­qué le sys­tème, c'est assez bien passé. Le conseil d'administration avait voté toutes les maquettes à l'unanimité en juillet 2011. Aujourd'hui, le cli­mat est plu­tôt apaisé et les étudiants semblent assez satisfaits.
Il s'agit donc de la fin de tous les par­tiels et, de fait, des rat­tra­pages: com­ment les étudiants vont-ils être évalués?

Il y aura des inci­dences sur la for­ma­tion et la péda­go­gie. Le règle­ment d'examens pré­voit au moins 3 notes dans chaque unité d'enseignement (UE), sachant qu'aucune note ne peut comp­ter pour plus de 50% dans la moyenne. Ces évalua­tions devront répondre à des moda­li­tés diver­si­fiées. Il est aussi obli­ga­toire de res­ti­tuer la pre­mière évalua­tion cor­ri­gée avant de don­ner la sui­vante. L'université d'Avignon applique déjà ce mode d'examens depuis trois ans et le taux d'abandon des étudiants a for­te­ment dimi­nué (de 35% en 2008–2009 à 24% cette année).
Pourquoi limi­ter ce mode d'évaluation aux étudiants en Licence?

A Strasbourg, en Master, on laisse le choix aux UFR, soit d'appliquer le contrôle continu inté­gral soit de pré­ser­ver un sys­tème « clas­sique » (écrits, mémoire, grand oral...). Depuis le début de la réforme LMD, la régle­men­ta­tion est beau­coup plus souple en Master.
Comment ne pas ris­quer de créer une licence « bra­dée » ou, à l'inverse, sélec­tive avec l'apparition de notes éliminatoires?

Les notes élimi­na­toires sont pro­hi­bées depuis l'arrêté licence de 2011. Avec 3 notes au mini­mum par UE, nous vou­lons mettre fin aux notes cou­pe­rets où tout se joue sur une épreuve. Au fond, si un bon étudiant est dans un mau­vais jour lors d'un exa­men, il peut rater son semestre et le sys­tème actuel peut ne pas révé­ler le niveau réel d'un étudiant. Quant à une Licence « bra­dée », ce ne sera pas le cas ! Des méca­nismes pal­lient ce risque. Les coef­fi­cients des UE viennent garan­tir des équi­libres. L'arrêté licence de 2002 pré­voyait une palette de coef­fi­cients de 1 à 3, contre 1 à 5 avec le nou­vel arrêté qui entrera en vigueur sur ce point en septembre.
Les enseignants-chercheurs auront-ils plus de copies à corriger?

Les étudiants qui avaient raté la ses­sion 1, n'allaient pas for­cé­ment en ses­sion 2. Nous cor­ri­ge­rons donc plus de copies, mais pas beau­coup plus. Car si l'étudiant est mieux suivi toute l'année, une copie devrait être meilleure et il sera donc plus facile et rapide de la cor­ri­ger. Et en termes de métho­do­lo­gie, l'étudiant com­pren­dra plus vite ce qu'on lui demande. Au fil des évalua­tions répé­tées, les étudiants vont mieux com­bler leurs lacunes. Le carac­tère for­ma­tif des évalua­tions a pour objec­tif de mieux for­mer les étudiants et de favo­ri­ser la réussite.
La durée des semestres sera-t-elle rac­cour­cie du fait de l'absence d'examens finaux?

Nous veillons à ce que l'année dure 10 mois calen­daires, ce qui importe pour les bour­siers. Par contre, l'organisation va chan­ger. Actuellement, il y a 12 à 13 semaines de cours selon les UFR et 2 à 3 semaines d'examens par semestre en ses­sion 1. Dans le futur, on aura tou­jours 16 semaines pour pla­ni­fier ensei­gne­ments et évalua­tions. Cela va flui­di­fier les séquences, sachant qu'il y aura des adap­ta­tions pour les étudiants salariés.
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