http://www.leformateur.info/chris/files/2010/11/logo_formaguide.jpgPar Stéphane Diebold. L'évaluation est un des marronniers de la formation. Fabrizio Butera, professeur de l’université de Lausanne, parle de « menaces » (L’évaluation une menace?, collection Apprendre, édition PUF, 2011) faisant écho à l'ouvrage d'André Antibi (Les notes, la fin des cauchemars, Nathan, 2007) qui parlait de « systèmes macabres » à propos de l'évaluation.
Sans rentrer dans toute la littérature, on peut constater que l'évaluation répond à un besoin de pilotage de la formation et que bien souvent ce pilotage pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Que faire de cette évaluation en formation?
Fabrizio Butera reprend ce que nombre d'études ont déjà montré, les notes ne permettent en aucune manière de déterminer l'apprentissage effectif d'un stagiaire. L’évaluation est très fortement corrélée aux connaissances préalables du stagiaire, au niveau global de la classe, voire au rapport que le formateur entretient avec le groupe, mais finalement assez peu avec l'apprentissage lui-même.
Donner une visibilité

L'évaluation normative classique est plus un outil qui permet un pilotage quantitatif de la formation. Elle permet de faire le tri et de hiérarchiser. Faut-il pour autant jeter le bébé et l’eau du bain sous prétexte que le thermomètre est approximatif? Est-ce la fin des QCM? Le problème du thermomètre est qu'à force de lui donner trop d'importance sociale, il finit par devenir lui-même l'objectif de la formation. S'il s'agit de permettre que 80% d'un groupe en formation réussissent l’évaluation des savoirs ou des compétences, il suffit de les préparer comme des bêtes à concours et ainsi leur permettre de réussir leur évaluation. Auront-ils pour autant appris au-delà de l'évaluation? Rien n'est moins sûr. Mais cela permet de se donner une visibilité à partir d’une cartographie. La carte assure le pilotage… mais la carte n’est pas le territoire… Cette gestion des flux particulièrement efficace dans un pilotage massif de la formation en oublie l’essentiel, l’apprendre.
Dessiner un projet

Alors que faire? André Antibi nous propose un learning contract pour sortir de l’évaluation normative. Il s’agit de créer un parcours personnalisé de formation avec l’apprenant dans un rapport d’engagement mutuel. L’évaluation sort de son statut d’aboutissement de la formation pour entrer dans un statut de démarrage. L’évaluation est une quantification pour ouvrir la discussion en mettant en lumière des points forts et les points de progrès de l’apprenant et surtout la démarche apprenante qu’il envisage d’aborder tant sur sa stratégie que sur les moyens qu’il se donne pour réussir. L’évaluation ne sanctionne pas une situation, elle dessine un projet. Le moment de l'évaluation d’ailleurs est significatif, il ne vient plus in fine, mais en préambule pour donner un sens à la formation.
L’évaluation pour faire quoi? Il s’agit d’un moyen de partage pour construire ensemble. Plus l’évaluation normative ou chosifiée est importante, plus on donne de l’importance aux modes opératoires faute d’avoir une direction. L’évaluation de l’évaluation a finalement plus d’importance que l’évaluation des compétences, car elle est un bon indicateur de la chosification de la formation, ce processus qui éloigne encore davantage l'homme comme acteur du vivant... En d’autre terme, il s’agit par le choix de l’évaluation de redonner de la saveur à la formation.
A propos de l’auteur:
Stéphane Diébold a mis son expérience au service de l’innovation pédagogique et de la performance en entreprise, au sein de TEMNA (www.temna.fr) dont il est le fondateur depuis 2003. Associatif, il a assumé des responsabilités dans une dizaine d’association, essentiellement formatives, aujourd’hui Vice-président du GARF (Groupement des acteurs et responsables formation) et de l’ETDF (European traning and development federation – Fédération européenne pour la formation et le développement).
http://www.leformateur.info/chris/files/2010/11/logo_formaguide.jpg By Stephen Diebold. Evaluation is a chestnut training. Fabrizio Butera, a professor at the University of Lausanne, speaks of "threats" (a threat assessment? Collection Learning Edition PUF, 2011), echoing the work of André Antibes (notes, the end of nightmares , Nathan, 2007) spoke of "systems macabre" about the assessment. More...