Logo - retour accueilDerrière une façade égalitaire, la société française demeure profondément marquée par des hiérarchies sociales, à commencer par celles fondées sur le diplôme. Par Louis Maurin. Article extrait du hors-série "La société française", d’Alternatives Economiques.
Dans une société où 90 % des actifs sont salariés et où une grande partie des 10 % restants sont de petits indépendants, l’opposition entre les bourgeois (possédant les moyens de production) et les prolétaires n’apparaît plus comme l’outil le plus pertinent pour comprendre les hiérarchies sociales. Les classes sociales ont-elles pour autant disparu ? On a souvent confondu la transformation de la structure sociale et la disparition des hiérarchies, qui restent pourtant bien vivantes.
Contrairement à une idée répandue, l’ascenseur social ne s’est pas arrêté. Le dynamisme du secteur tertiaire a favorisé une réelle promotion sociale: en 2003, un tiers des cadres avaient un père ouvrier ou employé, selon l’Insee. Au total, les deux tiers des 40-59 ans n’appartenaient pas au même groupe social que leur père.
Une partie non négligeable de cette mobilité résulte des transformations de l’emploi. De 1982 à 2008, la part des cadres supérieurs dans la population active occupée a en effet été multipliée par deux (de 8% à 16%), ce qui a mécaniquement tiré la structure sociale vers le haut. Si l’on retire cet effet de structure pour calculer la " fluidité " sociale - l’égalité des chances entre personnes d’origines sociales différentes -, la mobilité nette a diminué de 43% à 40% entre 1993 et 2003. Et tout laisse à penser que la situation s’est aggravée pour les jeunes générations. Le chômage persiste à un niveau particulièrement élevé et la lutte des places s’intensifie, ce qui bénéficie aux plus favorisés.
Le monde du travail croit aux diplômes
En outre, l’univers professionnel - public comme privé - accorde en France une croyance particulièrement forte dans la valeur des diplômes, qui marque le salarié tout au long de sa carrière. L’organisation des entreprises demeure très hiérarchique, notamment du fait de l’existence d’un statut particulièrement privilégié pour les cadres, dont il n’existe pas d’équivalent dans d’autres pays. Celui-ci limite les promotions sociales et fige encore plus les hiérarchies. Ce phénomène est accentué par un grand retard dans le domaine de la formation continue : 6,7% des 25-54 ans en emploi ont participé à une formation en France en 2009, contre 11% en moyenne en Europe, selon Eurostat.
Il ne faut cependant pas noircir le tableau. La coupure entre les sexes est aussi moins profonde en France et l’accès à certains services fondamentaux comme l’éducation ou la santé assuré de façon moins inégalitaire que dans beaucoup d’autres pays. Si les inégalités y sont si souvent un sujet de débats, c’est aussi parce que chacun a la possibilité de se comparer aux autres. Au fond, plus que le niveau des hiérarchies, c’est l’écart entre la promesse d’égalité affichée par les institutions et la situation vécue qui heurte ceux qui en sont le plus victimes, en particulier les jeunes des quartiers défavorisés qui cumulent les handicaps. Exemple parmi d’autres de cette hypocrisie française : l’ampleur des moyens déployés pour mettre en avant la lutte contre les discriminations selon l’origine, alors que notre pays continue d’interdire des millions d’emplois de la fonction publique aux étrangers. C’est moins un pseudo "trait culturel" français que la réalité d’un formalisme mal assumé et d’une concentration des pouvoirs parmi les mêmes groupes sociaux qui semblent finalement expliquer l’ampleur du sentiment d’injustice en France. Par Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités et auteur de "Déchiffrer la société française", éd. La découverte, 2009. Cet article est extrait du hors-série "La société française", Alternatives économiques, n°89, troisième trimestre 2011.

Logo - homeBehind a facade of equality, the French society remains deeply marked by social hierarchies, beginning with those based on the diploma.
The working world believes in degrees
In addition, the professional world - public and private - in France provides a particularly strong belief in the value of diplomas, which marks the employee throughout his career. The organization remains very hierarchical companies, particularly because of the existence of a particularly privileged status for executives, of which there is no equivalent in other countries. This limits the social promotions and freezes more hierarchies. This phenomenon is exacerbated by the large delay in the field of continuing education: 6.7% aged 25-54 in employment participated in training in France in 2009, against 11% on average in Europe, according to Eurostat.
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