Comme il est hors de portée de condenser la trajectoire de la formation des adultes en 250 pages, le choix a été pris d’insister sur des étapes ou des problématiques structurantes. Ainsi la partie consacrée à l’apprentissage par la résolution des problèmes permet d’appréhender quelques avancées méthodologiques importantes comme celle de la simulation. La partie consacrée aux mille facettes des ingénieries de formation permet également un tour de piste plus unilatéral de cette question centrale qui échappe cependant à la très grande majorité des formateurs permanents dont l’isolement est désormais le lot commun.
Le rôle du formateur est d’ailleurs minoré dans cette esquisse de la formation des adultes qui privilégie l’apprenant, son développement personnel et sa reconnaissance sociale. Avec juste raison (page 221) l’auteur incite à ce que les formateurs dépassent leur fonction de producteurs de ressources pour intégrer des responsabilités d’amont (accueil, orientation, bilans, etc.) et d’aval (transfert des compétences en situation de travail, VAE, attribution des certifications, etc.). Il décrit notamment une évolution souhaitable et radicale de cette fonction dans le sens de l’accompagnement et de la médiation tout en pointant les contradictions qu’ils ont à gérer dans un environnement prescriptif, administratif et contraint économiquement. Pierre CASPAR entrevoit même que « les termes de formation et, à fortiori de formateurs vont probablement avoir tendance à disparaître dans les années qui viennent, en tant que structures, activités et responsabilités singulières, spécifiques et isolées. » (page 131).
La richesse des réflexions introspectives de l’auteur tranche avec la misère conceptuelle d’une partie croissante de l’appareil de formation dédié aux moins qualifiés, écarté des mutations du rapport aux savoirs tel que les TIC et les réseaux s’en font les porteurs. Si l’accès aux savoirs semble se résoudre à la vitesse grand V, l’usage des savoirs apparaît plus problématique…
Si Pierre CASPAR insiste sur la dynamique vertueuse des différentes formes d’apprentissage, il révèle de façon indirecte la fuite en avant du « rentabilisme » irraisonné qui fait fi de l’intelligence expérientielle des salariés.  Ainsi, la France continue de communier au culte de la surdiplômation en formation initiale et au management technocratique qui mine la construction de liens de confiance dans les rapports de travail. Or l’engagement en formation n’a de véritable valeur pour les adultes qu’au sein de rapports de loyauté et de reconnaissance dans le monde du travail.
La diffusion et le partage des savoirs est indissociable des avancées démocratiques, y compris dans l’entreprise. Pierre CASPAR souligne l’importance de la validation des acquis de l’expérience (VAE) dans cette dynamique (page 249) qui rééquilibre la formation initiale et les différentes voies d’apprentissage dans la vie active (sociale et professionnelle) en faveur de ces dernières. Or cette avancée est verrouillée depuis bientôt 10 ans (certes c’est très court) alors qu’elle interpelle la conception des diplômes et interroge la valeur ajoutée d’une partie de l’offre de formation continue étrangement positionnée sur les mêmes objectifs que ceux que l’on peut atteindre par soi-même !
L’ouvrage permet de saisir quelques fondamentaux du développement humain et quelques exigences qui s’imposent ou devraient s’imposer à celles et ceux qui font commerce de l’accès aux savoirs. Le lecteur en tirera les conclusions… Ce livre peut être compris comme un guide de sortie d’un système institutionnel hypertrophié et d’un marché administré que Pierre CASPAR, avec sagesse, a préféré négliger dans son approche…