http://pics.lesechos.fr/icons/logo.pngIl y a environ deux ans, au moment de la promulgation des décrets d'application de la loi LRU sur l'autonomie des universités, Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, sort de Bercy et s'apprête à monter dans sa voiture. Un conseiller la rattrape, lui tend un parapheur et tente de lui faire signer à la volée le document qui s'y trouve. Ce document autorise les fondations d'université, sur le modèle anglo-saxon, à se constituer des « endowments » ou fonds de dotation (fonds de capitaux gérés de façon indépendante, dont seuls les intérêts et plus-values sont « consomptibles » par les universités, ce qui leur permet à partir d'un capital immobilisé ad vitam aeternam de disposer de ressources pérennes).
Méfiante, la ministre prend le temps de le relire avant d'apposer son paraphe. Bien lui en prend : le Trésor a fait rajouter en douce un petit paragraphe selon lequel les fondations ne seront autorisées à placer l'argent de leurs fonds de dotation qu'en bons du Trésor. Filou, le Trésor ! Colère de la ministre, et suppression du paragraphe…
Aujourd'hui, bis repetita : le président de la République, au vu du rapport Juppé-Rocard sur l'emprunt national (« grand emprunt »), prévoit que dix « campus d'excellence » recevront des dotations aux alentours de 1 milliard d'euros chacun en pleine propriété destinées à leur permettre de se doter d'un capital générateur de revenus. Mais, surprise, surprise, revoilà le Trésor : le rapport précise en effet, à son instigation, que notamment les fonds de dotation ainsi abondés par le grand emprunt seront gérés par lui et non pas par les fondations des universités. « L'argent de l'Etat doit être géré par l'Etat, et donc placé en bons du Trésor. Ca ne se discute pas ! » comme l'a dit le directeur adjoint de cabinet de la ministre de l'Economie, en contradiction avec la déclaration publique, qu'elle venait de faire en réponse à cette question où elle se montrait très ouverte. L'Etat, l'Etat omniscient, c'était donc lui : en costume gris et chaussettes noires…
Mesure de sagesse et de bon sens ? Est-ce si certain, alors même qu'avec les fonds de dotation se joue une partie de la capacité d'investissement de nos universités, et donc l'avenir de la France ? Or les intérêts servis par les bons du Trésor, OAT à 10 ans, ne sont que de 4 %. Sachant qu'il faut en reverser au moins la moitié dans le fonds pour compenser l'inflation, il ne reste plus grand-chose pour in vestir… C'est la raison pour laquelle les « endowments » de toutes les grandes universités du monde font l'objet d'une gestion par des professionnels de l'asset management, avec un retour moyen de 11 %.
On peut subodorer deux raisons au refus crispé du Trésor de voir adopter cette solution. La première, la moins avouable, mais peut-être la plus exacte venant d'une aristocratie d'Etat, tient à sa conviction que l'on ne peut laisser des universitaires, des ahuris chevelus, au mieux perdus dans leurs équations, s'improviser gestionnaires de fortune. En oubliant au passage que les conseils d'administration des fondations universitaires sont composés de personnalités très compétentes, venant notamment du secteur privé. En oubliant que, par exemple, la fondation de l'université Pierre-et-Marie-Curie est en train de se doter d'un comité éthique et investissement, sur le modèle de celui de la Fondation de France, gage de sérieux et de professionnalisme.
La seconde est plus inquiétante : elle est celle de l'incompréhension fondamentale de ce qu'est un « endowment ». L'objectif final d'un « endowment » est de générer des intérêts et plus-values qui vont représenter un revenu significatif pour l'université, et non, comme Picsou, d'accumuler un tas d'or sous la bonne garde du Trésor. Cette responsabilité est au coeur de l'indépendance des universités. A chacune d'entre elles de fixer ses objectifs, qui ne sont par nature pas les mêmes, de choisir ses gérants et d'assumer ses choix. Ainsi, viser 11 % de retour moyen est un objectif de gestion très élevé. Il ne peut être atteint qu'en investissant dans des véhicules sophistiqués - actions, « long short equity », fonds de fonds, « hedge funds » (quelle horreur !), obligations, etc. -et en acceptant une volatilité par moments très forte, comme au coeur de la crise. Ce qui suppose de faire appel à des professionnels de l'asset management, ce que les agents du Trésor ne sont pas et n'ont pas le droit d'être. Aussi, en attendant qu'ils reviennent sur leurs prétentions, nous prions à genoux, mesdames les ministres de l'Economie et de l'Enseignement supérieur, pour que vous fassiez rayer la mention inutile, subrepticement glissée une nouvelle fois par ces filous du Trésor…
http://pics.lesechos.fr/icons/logo.pngWho will manage the capital of universities? There are about two years at the time of the promulgation of regulations implementing the LRU law on university autonomy, Valérie Pécresse, Minister of Higher Education and Research, out of Bercy and ready to ride in his car. A counselor catches up, hands him a parapheur and tries to make him sign the document on the fly in it. This document authorizes the university foundations, the Anglo-Saxon, to constitute 'endowments or endowment funds (equity funds managed independently, with only the interest and capital gains are "expendable" by the universities, allowing them from a fixed capital ad infinitum to have sustainable resources). More...